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  • AVENTURES DU BOUT DU MONDE (1)

             SYDNEY SANS BILLET

     

    Bissau. (Août 2006). Perdu avec mon fils Alex dans la profonde jungle de la Guinée Bissau, fuyant (sans le pouvoir !) les gros moustiques anophèles femelles porteuses de malaria et les géantes termitières attirant les belles couleuvres et vipères du coin, je m’évade vers d’autres cieux plus cléments…un voyage dans la mémoire !

     

    Plusieurs anecdotes me reviennent à l’esprit et j’ai soudain envie de les écrire, donc les revivre. L’une, est au quartier huppé de Rose Bay, en Australie, la seconde face au lit de Simon Bolivar à Cuzco au creux du Pérou, une troisième à l’aéroport de Darwin vers l’île des « jeunes dinosaures ou komodos » de Timor, au Lorosae,  au sud de l’Indonésie, une quatrième au "Kikar Rabbin" à Tel Aviv en Israël et enfin une cinquième aventure aux Maldives où notre beau et grand Bouddha sri lankais nous fut confisqué à la douane...

    Rattrapons le train de la mémoire!

    J’étais au quatrième semestre de sciences Po, à l’université de Köln, et suis rentré passer trois jours à Tunis pour embrasser mes parents et leur apprendre et « expliquer » que je partais pendant 70 jours (congé-prolongé entre deux semestres d’études) vers un long périple entre l’Océanie et l’Asie du Sud-Est ! Six mois de préparatifs soutenus et un achat de gros tronçons de voyages aériens entre plus de 30 pays….

    Mon père, comme d’habitude, me dit derechef que j’étais le roi des fous, que c’est long et dangereux et se demande comment j’avais fait pour acheter tous ces billets d’avions. Bref, il ne me restait plus qu’à me faire rembourser le tout et passer mes vacances à Hammamet !

    La nuit fut atroce et je n’avais pas assez d’arguments pour lui expliquer que c’est en auto-stop que je comptais traverser la majorité des pays….

    Au café du matin, son air furieux fait place à un tendre sourire et à une profonde inquiétude.

    -«  Tu n’as que 20 ans et un tas de billets d’avions et même trois visas sur ton passeport ! J’ai bien compris que tu traverseras ces pays en stop et que tu acceptes ce risque, mais il reste un point noir : comment feras-tu du stop entre Auckland en Nouvelle Zélande et Sydney en Australie ? »

    Je connaissais ce problème certes mais j’ai pensé trouver une solution miracle à Wellington, Auckland ou même à  Dunedin dans la lointaine Nouvelle Zélande !

    Et à mon père de continuer sur sa lancée d’une voie douce et protectrice :

    -«  Bois vite ton café, tu iras au 35 Rue Es-sadikia à Tunis, chez notre voisin M. Ferjani, patron d’une agence de voyages….qui t’attends avec une petite surprise »

    Effectivement, l’ami de mon père me reçoit avec des yeux écarquillés , tente à son tour de me dissuader à aller au bout du monde et finit par sortir deux enveloppes blanches de son tiroir. La première contenait un billet d’avion reliant Wellington à Sydney. La seconde contenait une chose que je déteste. Un paquet de cigarettes de couleur bleu.

    -«  Puis-je te demander Rached de remettre à Gaston Darmon, installé à Sydney, ce paquet de cigarettes tunisiennes, de la part de sa sœur…qui espère ainsi par ton intermédiaire revoir un jour Gaston ! »

    El là commence une incroyable aventure

    A suivre …

  • La mémoire du Voyageur

    Voyage vers les autres, voyage vers l’Autre

    N’était-ce et ne fût-ce la magie de la mémoire, le voyage de la vie serait dénué de tout fondement. Le Voyageur qui écume les océans, traverse les plaines et arpente les forêts, n’est doté que d’une seule arme : les trésors de sa mémoire, qui s’étalent de l’apprentissage des langues étrangères à la connaissance de la culture de l’Autre.

    C’est une phrase du Cigéviste et Prix Nobel de Physique, le professeur Pierre-Gilles de Genne, lors d’une conférence à l’Université de Tunis le mois passé, qui déclencha en moi cette envie de sonder un peu plus la mémoire du Voyageur. Au professeur de dire : « Un être humain normal a en mémoire 100 000 mots s’il ne parle qu’une seule langue. Par contre, celui qui en parle neuf par exemple et qui, de surcroît, est voyageur, a une réserve d’un million de mots en mémoire et non pas uniquement 900 000… ».

    Je revois soudain notre petit avion bimoteur atterrissant sur un minuscule rocher de l’archipel Juan Fernandez à l’île de Pâques. Ma mémoire visualise une centaine de fleurs de pavot dansant au gré du vent et narguant notre petit avion.

    Le pavot n’est pas un pavot mais une fleur similaire dite amabolla d’un rouge aussi vif que celui d’un coquelicot : ma mémoire l’a habillée de deux robes différentes. La première était celle d’une odeur âcre et persistante et d’une couleur sombre et sinistre : un fumoir d’opium à Luang Prabang, au Laos, en 1973. La seconde image, simultanée et immédiate, est celle d’un champ de tulipes au port altier, aussi aguichantes que ces pavots dansants, avec le même bruit du vent et la même danse qu’au village miniaturisé de Madurodum, en Hollande, en 1969. Quelle est donc cette machine qui, en quelques secondes, lors du fracassant atterrissage d’un petit avion au bout du monde, retrouve avec netteté et force couleurs, sons et odeurs des clichés demeurés intacts après plus de 30 ans ? La Mémoire !

    Quid de cette mémoire ?

    Notre esprit est fait d’émotions pour aimer et apprécier, d’intelligence pour comprendre et enfin de mémoire pour agir. Cette mémoire permet d’acquérir l’information, de la conserver et de la restituer.

    Tel un muscle, la mémoire se fortifie à l’emploi. Pour éveiller les sens, il faut aiguiser l’intérêt qui permet ainsi à la mémoire de se développer. Pour son bon fonctionnement, elle exige également forme et santé. Le sujet non fatigué qui boit les paroles de l’autre ou avale la page d’un livre gravera facilement le message dans sa mémoire.

    Face à l’énigme de la mémoire, St Augustin disait déjà au Ve siècle : « L’esprit de l’homme est trop petit pour se comprendre lui-même ».

    Comment fait donc notre mystérieux cerveau pour comprendre et restituer ?

    Nous disposons de près de 50 milliards de neurones dans notre cerveau. Des milliers de milliards de synapses, ou points de rencontre, permettent aux neurones de communiquer. Leur fonction est donc de recevoir, de conserver et enfin de transmettre les informations reçues au moment voulu.

    Pour garder cette machine en marche, il faut l’utiliser à fond. Et toujours. La mémoire ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

    Les champs d’activité de la mémoire sont innombrables. Apprendre les langues étrangères dope notre mémoire d’une façon fantastique. D’autant plus que le Voyageur, par cette langue nouvelle, pénètrera le giron, la culture et la pensée de l’Autre. Le Voyageur polyglotte est ainsi beaucoup plus riche. Pendant le voyage, les innombrables flash-back poussent nos neurones à une véritable danse du feu. En quelques secondes et par analogie, on délaisse le monstre du Loch Ness en Ecosse, pour rechercher la grenouille sacrée orangée et noire d’Atelopus, au lac Titicaca, en passant par l’incroyable et vieux dinosaure des mers encore vivant, le coelacanthe des îles Comores. Mémoire quand tu nous tiens...

    Le voyage permet donc la rencontre avec les autres et avec l’Autre, il est ainsi un détenteur fascinant de l’altérité, qui est une valeur en soi.

    L’écriture du voyage, basée sur la mémoire, servira alors à prolonger le voyage. Cette écriture devient un acte mémoriel, avec une grande variété spatiale, temporelle et linguistique.

    Innovant l’enseignement, les Anglais interpellent la mémoire et lancent aujourd’hui sur le Web, une méthode ludique et interactive pour apprendre l’anglais : « Tell me more kids » se fonde sur la technologie de la reconnaissance vocale du professeur Phileas et du perroquet Kaliko. Les jeux, le karaoké et les dessins animés en feront de même pour stimuler la mémoire.

    Dans la vie pratique, La mémoire accessoire sera de plus en plus présente, sous forme d’ordinateur, de super téléphone portable, d’un MP3, d’un iPod, d’un GPS ou d’un précieux organiser.

    La « Mémoire générationnelle » qui transmet la culture, l’identité et l’art des aïeux est différente de la « Mémoire historique » qui relate les grands événements et qui se veut aussi une morale. Les Allemands n’ont-ils pas mis au point une nouvelle approche dite « Gegen das Vergessen » ou « Contre l’oubli » afin que la mémoire collective allemande comprenne ses maux, panse ses plaies et se réconcilie avec son Histoire ? Un devoir de mémoire nous permettra de renouer avec un passé aussi tumultueux soit-il pour en extraire les germes d’un futur plus serein sur le chemin de la Paix !

    Le « Respect du passé », nous permet également de rendre hommage à nos aînés, à nos héros et à nos pères. Rendre à César ce qui est à César. La mémoire sera ainsi un gage d’éternité tel que le décrit si bien Vladimir Yankelevich “ Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été : désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir été est son viatique pour l’éternité ».

    Reste tout un champ de mystérieuses mémoires, inexplicables et encore inexplorées, telles la transmission de pensée, la télépathie ou encore la mémoire intra-utérine. Le père de la psychanalyse moderne Sigmund Freud n’a-t-il pas découvert une autre face de la mémoire le « Unterbewusstsein » ou « l’inconscient ».

    Il faut peut-être savoir attacher du prix à l’inutile et utiliser parfois la mémoire qui imagine plutôt que celle qui répète ! Il faut vouloir rêver, le voyageur en est peut-être capable !

    Le voyage est encore long ! La génétique enfin, nous permettra un jour, de sauvegarder notre mémoire, basée sur un « capital neurones » non renouvelable !

    Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage et qui a doté sa mémoire de la culture des autres afin de mieux comprendre et aimer cet Autre.

    Bon vent, bon voyage à tous les lecteurs d’Astrolabe et de ce Blog CIGV!

    © Rached Trimèche