Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • AVENTURES DU BOUT DU MONDE (3)

    Bouddha otage aux Maldives



    Malé. (Août 2005). Après deux semaines de folie au Sri Lanka ancestral et des retrouvailles bouddhistes tant attendues, nous avons droit à six jours de repos et de calme, dans un vrai « plat pays » qui n’a rien de Brel, ni des Pays Bas. Anis, mon fils et fidèle compagnon de voyage en a décidé ainsi.

    A la nuit tombante, l’arrivée à Malé est surprenante. Des îlots à perte de vue se suivent et se ressemblent par leur petite taille et leur absence de montagne ou monticule. N’était-ce l’éloignement, le tsunami de l’an dernier aurait emporté tout le pays.
    Les passagers de notre avion allemand sortent rapidement leurs appareils photos et matraquent chaque paysage de leurs petits hublots. Les formalités de police sont rapides mais les douaniers sont regardants. Petit, moustachu, dépourvu de tout sourire et armé d’indifférence, le sieur douanier insiste pour ouvrir notre bagage à main noir, pour en sortir victorieusement un produit illégal et dangereux. Le 11 septembre a-t- il donc à ce point contaminé les Maldives?

    Le douanier appelle son supérieur lequel fait appel à un lieutenant qui, armé d’un simple stylo bleu qui refuse d’écrire, improvise un procès verbal en bonne et due forme. Le lèse majesté est évident. Profanation de l’Islam. Dans un pays fortement religieux. L’entrée d’un bouddha blanc en pierre semi précieuse est une offense à la nation. Je n’en revenais pas. Mon beau bouddha souriant du haut de ses 15 centimètres subira « une saisie conservatoire » par les douanes du pays.

    Un petit reçu sera caché à la dernière page de mon passeport sans penser une seule minute ce qui nous attendra à la sortie du pays.

    Rapidement le premier bus pour aller au port. Mhamed notre nouvel ami s’improvise guide et chamboule tout notre programme. Heureux de parler espagnol avec les étrangers, il nous prend en sympathie et nous affrète le « Speedy one » pour rejoindre la ville. La navette marine est un voyage dans le temps. Les Maldives s’offrent à nous en luxueux et rapide bateau.

    A peine installés dans notre hôtel de fortune, pour une nuit dans cette capitale, que nous voilà déambulant dans les rues de Malé, riche de 64000 habitants.
    Les jeunes musulmanes portent un pudique mais coquin foulard bariolé et ne se privent pas de plaisanter en nous conduisant jusqu’à la porte d’un célèbre et populaire restaurant où une certaine noix exotique serait le dessert défendu… A la libanaise, les petits plats se suivent mais ne se ressemblent pas jusqu’à l’arrivée de cette noix ovale aphrodisiaque dite arecnaut découpée en lamelles et mâchée avec des clous de girofles, comme le quat au Yémen. Ici, l’apport du citron vert en fera un digestif euphorisant !

    Les Maldives dont le nom dérive de Mala (série) et « dvipa » (îles) se veut un archipel de 26 atolls de près de 1200 îles coralliennes dont 220 sont habitées. C’est ainsi que commence le speech de Rilwan Shaweuf, notre nouveau Cigéviste, dans son bureau d’agent de voyage. Avec son ordinateur il vend les Maldives à tout venant et n’hésite pas à happer les voyageurs au long cours.
    Il continue sur sa lancée : « notre pays à une température moyenne de 27° et l’altitude maximum de nos îles est seulement de 2 mètres. L’année 2020 risque d’être l’année fatale qui engloutira la moitié de notre archipel par ce chambardement climatique et ce réchauffement planétaire…

    medium_3.jpg



    Bandos Island Resort
    Le lendemain, nous retrouvons le Speedy one pour aller vivre quelques jours de rêves sur l’île Bandos au « Bandos Island Resort ». Imaginez-vous un pays divisé en îlots. Imaginez-vous chaque îlot métamorphosé en un seul et unique Resort ou hôtel huppé.
    Quelques heureux mortels viennent vivre dans ces hôtels-îles des journées exceptionnelles où seuls le farniente, la plage, la musique, le poisson, la bière, le vin et le champagne (en pays strictement musulman mais pas dans un Resort) et bien sûr Internet avec branchement ADSL…

    Je ne peux oublier cet équipage japonais qui jouxte notre bungalow et qui, le soir venu, s’armait de guitare et de joie de vivre et chantait avec nous les balades de la vie… A l’autre bout de l’île, derrière les cuisines, la forme d’un toit m’intrigue. Des tuiles vertes recouvrent un petit minaret de 4 mètres de haut. Le champagne sera pour les touristes mais les employés du Resort, tout aussi nombreux que les touristes (un par client), se rendent fidèlement à leur petite mosquée pour leurs cinq ablutions et prières du jour…

    Le dernier soir, une surprise dans la salle Internet de l’hôtel: le client précédent (du Japon, de Suède ou de Navarre ?) a téléchargé un texte du Web en le laissant sur le bureau ou écran du Pc. Non, ce n’est ni ma fatigue, ni ma myopie qui me jouent une farce nocturne. C’est bien un texte téléchargé d’un site web tunisien webmanagercenter qui parle d’une tentative informatique tunisienne en Mauritanie… Plus tard à mon retour à Tunis, je me ferai un nouvel ami qui ne croyait pas que son travail sur le web atteindrait un jour les lointaines Maldives…

    DEPART CATASTROPHIQUE
    C’est le dernier jour du voyage. Si « partir c’est vivre un peu » arriver à la fin d’un voyage c’est déjà mourir un peu. L’aéroport est taciturne et l’ambiance est morose. Les touristes et les voyageurs se bousculent sans se heurter et attendent leur vol de nuit pour rejoindre Munich en Allemagne. Anis mon « bodyguard » s’empresse d’accomplir rapidement le check in et passe à la police avec nos deux passeports en main. Tout allait bien et on devait même passer au salon d’honneur pour nos 40 dernières minutes aux Maldives… quand soudain Anis s’exclame et demande brusquement au policier qui s’apprêtait à tamponner nos passeports ce qu’il devait faire pour récupérer son Bouddha confisquer à l’arrivée.

    C’est le drame. C’est la honte. C’est la catastrophe. Le policier arrête tout mouvement, se lève et se précipite hors de son guichet vers son collègue avec le reçu de notre Bouddha confisqué. Un interminable palabre de 10 minutes s’achève par l’arrivée d’une jeune douanière en blouse blanche bardée d’étoiles jaunes, bien en chair et à moitié endormie. La magie de notre Dame de la Lourdes, du Christo de Rio ou celle de Babakar au Sénégal font que notre blanc Bouddha jaillit de nulle part et nous rejoint. Dieu est grand, Bouddha est clément. Merci.Vivement le salon d’honneur.

    Mais le voyage a des raisons que le voyageur ne connaît pas et qui vous change le destin et le cours d’un périple. Le policier qui assiste à la remise du Bouddha refuse cette fois de nous remettre nos passeports.
    Ô rage, au désespoir ! Ô vieillesse ennemie, n’ai-je donc vécu que pour vivre cette infamie ? Un Bouddha qui revient et un passeport qui disparaît.

    Rapidement nos documents de voyage sont confiés à un silencieux policier gradé, nerveux et légèrement haineux. Ce chef décide de s’entourer de trois adjoints pour scruter à la loupe nos passeports.
    Cinq, dix, vingt minutes déjà. Un siècle pour ainsi dire. Une éternité. Le drame est en bout de piste, notre vol en tarif PEX sur l’Allemagne partira sans nous et il faudra débourser près de 2000 euros pour un nouveau vol…

    Anis tout de calme vêtu ne cesse de me répéter avant de sombrer dans un silence de plomb :
    - « Papa calmos ! »
    Ecumant ma rage, mon désespoir et mon impatience, je regarde tout ce monde qui décide de s’enfermer dans un bureau au fond du couloir principal.

    Rapidement, je fonce sur la porte de cette « prison de passeports », affronte le regard réprobateur d’une dizaine de policiers et me lance dans une longue tirade en langue anglaise en demandant une explication immédiate et même une immunité diplomatique, car notre avion doit décoller dans 18 minutes. Interloqué, le chef brigadier se retient pour ne pas me foutre dehors et me propose même un siège face à son bureau. Il ne reste plus que 16 minutes et je suis toujours perdu dans ce dédale kafkaïen…
    Il ne me reste plus qu’à passer de l’autre côté du bureau et demander au Capitaine de m’expliquer l’énigme qui nous retient à l’aéroport. Il garde son calme et ne me répond même pas, mais passe religieusement le passeport de mon fils sous une grande loupe. Plus que 14 minutes et l’explication est évidente :

    - « Capitaine, je comprends votre crainte mais soyez rassuré. Le 11 septembre est omniprésent et je comprends les Maldives dont le tourisme représente plus de 20% du PNB. Vous ne souhaitez pas lire un jour dans un journal qu’un terroriste a quitté les Maldives à bord d’un avion allemand…pour aller tuer en Europe !"
    -medium_DSC03637.2.jpg
    - « Mr Le Consul vous avez tous compris et le problème n'est pas avec vous mais avec votre fils. Mais puisque vous le dites si haut et si fort cela veut dire que votre fils n’est point un terroriste…malgré son 1,94m et son diplôme de polytechnicien. Permettez-moi de vous expliquer ce qui nous a mis la puce à l’oreille. Vous voyez ce fax que nous venons de recevoir de la police tunisienne, il n’est pas assez clair mais il montre une autre calligraphie de couverture de passeport… et surtout un format plus petit. Je pense que votre fils à un ancien passeport tunisien… Aucun problème, j’ai déjà donné ordre pour qu’on vous conduise au salon d’honneur pour vous reposer un peu, boire quelque chose et votre avion partira en retard, mais avec vous ».

    Adios Maldives. Nous reviendrons sur tes atolls émeraudes!

     

  • AVENTURES DU BOUT DU MONDE (2)

    GASTON DARMON en AUSTRALIE

    Sydney.(Avril 1975). Le voyage continue. Les souvenirs fleurissent. Le périple commence !

    Rapide retour à ma ville de Cologne pour attraper un gros sac de voyage et partir sur Londres. De là commence mon plus long vol de jeune voyageur de 20 ans: Londres-Acapulco d’un seul trait, soit la traversée de l’Atlantique, du continent américain et arrivée au Pacifique, dans cette mythique ville des plongeurs insolites et des touristes fortunés…Acapulco. Puis rapidement Papeete et Bora Bora (où je fus reçu par la 3e épouse de Gauguin…pendant dix jours). La Nouvelle Zélande du bout du monde (parcourue ensuite de bout en bout en bout en autostop) et enfin Sydney.

    Déjà près d’un mois de voyage et mes pupilles sont toujours aussi dilatées, mon nez au vent et mes oreilles aux aguets ! Que de découvertes dans ce monde si lointain et captivant !

    Quand on voyage sans le sou (ou presque), quand l’Aventure est notre pain quotidien, il ne reste plus qu’à organiser son voyage et se doter de « Redoutables armes de Paix » : le sourire et les langues étrangères. Pour ce périple j’ai dû avoir recours à une troisième astuce. Baliser tout un itinéraire et le jalonner de « connaissances » ou « d’amis d’amis », soit d’amis de  mes autres amis !

    Eurêka elle tourne ! Eurêka ça marche ! Dans tout ce périple américano-océano-asiatique j’ai pu dresser toute une chaîne de contacts (un préambule de CIGV ?) à chaque escale !

    A Sydney, c’est la toute charmante Kimberley qui m’attendait et qui n’avait que huit ans de plus que moi… Jeune médecin, elle était la cousine éloignée d’un camarade de faculté à Genève…

    La soirée de retrouvailles fut splendide…

     

    Le lendemain, traînant la patte, j’ouvre enfin mon sac de voyage pour laver mon linge et découvre avec stupeur, entre une culotte et un tee-shirt…un paquet bleu froissé…un paquet de cigarettes !

    Mince ! Zut ! C’est le paquet remis à Mohamed Ferjani de Tunis, mon voyagiste, par la sœur de Gaston Darmon, que je devais rencontrer à Sydney et lui faire ainsi sentir l’odeur du pays…

    Kimberley ne comprend rien à mon histoire et refuse derechef de rechercher dans cette mégalopole de Sydney un illustre inconnu du nom de Gaston Darmon ! Internet, MSN, E-mail et Skype n’étaient pas encore de ce monde dans les années soixante-dix…

     

    J’ai attendu patiemment son retour de l’hôpital, lavé mon linge et repassé et fit tout pour la persuader de  me trouver Gaston D.

    De guerre lasse, elle commença à lancer quelques coups de fils à travers Sydney et revint subitement me dire :

    -«  T’es sur de ce nom ? » avec une rage cachée et un visage livide. Je ne reconnaissais plus ma belle blonde aux yeux verts pétillants perlés d’étoiles jaunes vibrantes et parlantes…

    -«  Voilà l’adresse de ton Gaston D. mais vas-y tout seul Grand Voyageur. Je te laisse la clef sous le paillasson si tu rentres tard. ».

    C’est que c’est la ravissante Kimberley qui m’intéressait et je devais passer encore cinq jours avec elle avant d’entreprendre plus de 4 000 kilomètres d’autostop de Sydney à Darwin en passant par Brisbane et Adélaïde…Gaston n’allait pas me gâcher ce tendre havre de paix…

    Mais né curieux, je suppliais ma nouvelle amie de m’accompagner chez ce mystérieux Gaston qui semble l’effaroucher !

    Elle refusa de m’expliquer le pourquoi de sa colère mais préféra annoncer notre visite par téléphone !

    Plus d’une heure de voiture. Le centre de Sydney est loin et le quartier huppé de Rose Bay nous attend. La nuit est fraîche, calme et légèrement envoûtante. Pas âme qui vive dans ce quartier. Soudain, les lumières sont plus fugaces et les ruelles plus étroites. Il me semble entendre le roulement de tambour du cœur de ma compagne sous son joli chemisier rose aux dentelles légères…

    Numéro 46. Stop. Une porte rouge sang et un mur noir. Le flux d’adrénaline est à son comble. On quitte notre VW pour se précipiter sur la sonnette dorée…

    Quel voyage ! En quelques secondes tout chavire ! La crainte et la peur font place aux effluves de Channel, aux paillettes de stars et à la pénombre de la luxure…

    Emu, très ému, Gaston Darmon est assis dans un large fauteuil de velours rouge, cigare planté dans sa bouche et chevalière dorée au doigt. En quelques secondes il nous pèse et soupèse, ausculte et pénètre…et décide de se lever, d’ouvrir ses bras et de nous embrasser.

    A la vue du paquet de cigarettes tunisiennes il fond en larmes comme un enfant attendri et nous invite à passer chez lui, à l’étage au dessus et à quitter ce monde feutré de « Madame Claude »  son gagne pain australien…

     

    Une soirée irréelle et pourtant bien vraie ! Un couscous maison et même de la boukha, cette eau de vie de figue qu'il doit importer de Marseille. Gaston n’a jamais quitté sa Tunisie, qu’il a pourtant quitté il y a plus de 30 ans pour faire fortune en Australie !

    Les caprices du hasard égrènent les pas du voyageur  et font de chaque rencontre un chapitre qui agrémente la vie !

     

    Si la magie du WEB, du Net, pouvait me donner des nouvelles des descendants de Gaston Darmon qui doivent être encore à Sydney, à Tel Aviv, à Paris ou à Londres...j'en serai très heureux

    Gaston est né le 16/1/1910 à Tunis (nom de mère : Fortunée) et dont la fille Linda est née le 1er avril 1958 à Sydney serait en France actuellement....

                                                                              à suivre