26.04.2009

Dieu reconnaîtra les siens

 

8714 ?

 

Déjà 20h. Lessivé par mon service ou garde, du samedi à la pharmacie, je prends péniblement la route de la Cité olympique de Tunis. Belhassine Chérif, Membre du CIGV-Tunisie, nous a quitté pour un dernier voyage et je voulais rendre visite à sa famille à l’occasion de la cérémonie du troisième jour ou « Fark »,!

 

 

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Quel dédale ! Quel labyrinthe crétois ! Dionysos, Hercule et Zeus perdraient leur grec et même leur latin dans ces rues et ruelles toutes semblables.

La nuit tous les chats sont gris n’est-ce pas ?

 

 

 

 

Par comble de malheur, j’ai oublié mon portable et je ne peux téléphoner chez moi pour avoir le numéro ou nom exact de la rue, de la maison du défunt !

Une cabine téléphonique providentielle neuve et pimpante me délivre du doute pour une seule petite pièce jaune de 100 millimes !

 

Faudra chercher cette fois le 12 de la Rue 8714 !

Suivent une dizaine de vaines recherches pour aboutir à un ensemble de villas sobres et cossues en bout de rue. Je parque sagement et continue à chercher à pied un éventuel N° 12 de cette rue mystérieuse.

 

Un jeune couple élégant passe, me toise et me demande même la cause de mon embarras visible. Dans un français châtié, du haut de ses talons de bottes en cuir noir elle me dit :

 

-                          « Monsieur, je pense que vous vous trompez de maison et de rue, le « Fark » que vous recherchez n’est pas dans cette rue mais juste derrière cette villa ci ! Reprenez votre voiture et faite le tour du pâté de maison. »

 

Aussitôt dit aussitôt fait, me voilà effectivement face à une maison à la porte grande ouverte et largement éclairée où se pressent des dizaines de personnes. Je présente mes condoléances aux personnes qui me reçoivent et prend une petite chaise au fond de la salle attendant le passage de l’épouse de mon ami, la maîtresse de maison.

 

Plus de 20 longues minutes passent. Plus d’un visage connu et plus d’une connaissance retrouvée. Fatigué, je m’apprête à rentrer et ose demander si je pouvais aller vers Lella Wassila l’épouse du défunt pour l’embrasser et lui exprimer mon amitié cigéviste.

 

Ma question jette un terrible froid. La salle qui était une petite ruche bourdonnante semble figée dans un silence lugubre et mystérieux.

 

Le plus âgé, le patriarche de la famille, prend son courage à deux mains et me dit :

 

-          Je crois monsieur à votre allure que vous n’êtes pas un plaisantin, mais que vraisemblablement vous vous trompez de cérémonie funèbre. »

 

Je bois ma honte et quitte la maison en m’excusant.

 

Une belle Noire Tutsi, fine, élégante et souriante est là adossée coquettement à ma voiture et m’aborde sans vergogne :

 

            -«  Vous avez l’air d’un chien battu mon pauvre monsieur. C’est la vie vous savez ! Dieu reconnaîtra les siens et votre parent  prendra le chemin du paradis… »

 

            - « Mais de quel beau pays d’Afrique êtes-vous donc Belle Dame et que faites vous dans ces rues à numéros multiples-bizarres-et-trompeurs ? »

 

Me voici pour dix minutes plongé dans le souvenir de ce pays que j’ai connu en pleine guerre où le hasard a voulu que j’assiste à une des plus grands génocides de la planète, en « temps et en nombre »entre Tustsis et Hutus. Plus de 500 000 tués en 100 jours à peine. Au pays des mille collines, au Rwanda !

 

Elle ne peut s’empêcher d’éclater de rire en écoutant le récit de ma « confusion de maison », me prend par le bras et m’explique :

 

            -«  Il y a trois jours, deux de mes voisins sont morts le même jour. L’un ici , dans cette maison d’où vous sortez et l’autre derrière dans la villa opposée où vous étiez et d’où votre fausse blonde en bottes de cuir vous a mal dirigée… ».

 

Cinq minutes plus tard, je retrouvais Wassila Chérif et ses trois enfants…dans leur maison.

 

« Il n’est pas parti il nous a devancés »

31.03.2009

Voyage à ....Tunis!

 

SACRE COUP DE FREIN

 

Freins usés peut-être

Mémoire endormie sûrement

Instinct ralenti évidemment

 

 

Dur, dur, un dimanche matin, d’aller à son jogging en croyant que les rues sont encore désertes !

Un feu rouge. Peut-être bien orange !

Une petite Fiat, jeune de 13 ans au moins, décide de freiner sec à l’apparition du feu qui bascule du vert à l’orange, au carrefour de l’autoroute qui mène de l’aéroport aux Berges du Lac de Tunis.

 

Poum Patatrac. Sacré ABS.

Pavlov s'impose et le système ABS est occulté !

Mon freinage au lieu de se faire par cascades se fera brusquement et poussera, en douce glissade, le nez de ma belle allemande bleue dans le super para choc de guerre de la puissante et jeune rouge italienne !

Poum Patatrac. Mon nez de voiture est défoncé et mes optiques reculés de 10 centimètres.

Le jeune chauffard au feu orange s'eclipse et mon jogging aussi!

 

Confiée à mon garage habituel chez Sid Ali, pour trois jours, me voilà circulant en taxi !

Ce matin, je décide de traverser tout El Menzah VI et V à pied, histoire de voyager un peu et de sentir le pays !

 

Waw ! Quelle découverte, sur cette porte. Une belle plaque bleu arborant « Centre de Réinsertion civile des prisonniers libérés» !

Heureux de découvrir une telle œuvre philanthropique et humanitaire je m’aventure dans les bureaux à moitiés fermés (trop tôt mon général, il n’est que 9h) et rencontre quatre ou cinq dignes bagnards avec chacun une chemise kraft à la main….

Je m’éclipse sur la pointe des pieds sans vouloir déranger ce monde carcéral silencieux qui semble porter sur ses épaules tout le fardeau de la planète.

 

Un kilomètre plus loin, je suis doublé par un homme au pas vif et rapide. Un timide « Bonjour Monsieur » et nous voilà embarqués dans un dialogue inattendu avec un type baraqué, basané, moustachu et balafré.

 

- Mais vous êtes bien le Monsieur que j’ai croisé au centre ?

- Oui, c’est bien moi !

- T’as fait combien d’années de prison ?

- Six et je suis sorti pour bonne conduite !

- T’as tué quelqu’un ?

- Non, même pas ! J’ai juste vendu de la « zatla » ou « Kif »

- Mais tes clients doivent être très jeunes ?

- Oh ! Je n’ai plus de clients « Finito ». D’ailleurs ils étaient vieux mes jeunes !

 

On se quitte en silence. 200 mètres plus loin je le vois demander le prix d’une chaîne stéréo chez une jolie vendeuse…

 

Son voyage a-t-il vraiment pris fin ?

Ma marche oui ! J’arrête le premier taxi pour aller vers mon boulot…

08.10.2008

l’épouse légitime crie vengeance (3)

 

 

L’épée du Dardanien

 

.

(3e escale et fin). Persuadée d’être l’épouse légitime d’Enée, Didon crie vengeance en assistant au départ du Prince. Une seconde ruse germe dans sa tête. Anna est mise au secret et toute une tragédie se met en marche. A pas lents et saccadés...

Didon ordonne la construction d’un grand bûcher pour brûler les habits de l’impie dit-elle.

 

Les flammes sont hautes et rugissantes. La chaleur est étouffante ; sept marches de pierres taillées mènent au sommet du bûcher. L’épée à la main droite et les habits du lâche dans la main gauche elle gravie doucement les marches faisant fis des flammes qui lèchent dangereusement sa peau si blanche et si fine…

La foule demande à la souveraine de jeter bien vite les habits d’Enée au feu et de redescendre… Sans broncher ni plier elle arrive à la septième marche, fait face à ses sujets et de son bras musclé elle dégaine  dangereusement la pointe de l’épée du Dardanien qui effleure  sa poitrine…

 

Altière, elle est secouée par le bruit du silence et habillée par les yeux de la foule!Effarée, honteuse de son cruel destin, un éclat sanglant dans les yeux, les joues tremblantes et parsemées de taches, pâle d’une mort prochaine, Didon, jette, pose parterre, les vêtements de son amant.

 

Elle se jette soudain sur eux, sur cette couche familière et dit:

 

 « Vêtements chers à mon cœur, tant que le destin et les Dieux le permettent, recevez mon âme et délivrez-moi de mes tourments, j’ai fini de vivre et j’ai accompli la course que le destin m’a accordée. Maintenant c’est une grande ombre qui va aller sous terre. J’ai bâti une ville magnifique,Carthage, j’ai vu mes remparts, j’ai vengé mon mari et puni mon frère meurtrier. Je serai encore plus heureuse, si heureuse, si les vaisseaux dardaniens n’avaient pas touché les côtes de Carthage. »

 

Le geste suit la parole. L’épée transperce ce corps voluptueux que les flammes embraseront à la seconde…

 

Là-haut dans le ciel une autre reine est déjà au courant de l’arrivée de Didon. Cléopâtre l’Egyptienne qui partit avec ses deux confidentes par la morsure volontaire d’une vipère, pour fuir également la lâcheté d’un homme, César. Elle qui aima ensuite Antoine aura régné sur la Méditerranée orientale laissant la partie occidentale à Didon.

 

Les deux belles reines, indirectement victimes de Rome, se retrouveront sûrement et auront plus d’une vie pour parler des hommes et leur destin de femmes !

R.T.

26.09.2008

Didon prend le large(2)

La ruse d’Elyssa

 

(Suite Didon). Soudain, l’amiral de fortune crie : «  barre à gauche! » et fonce sur une terre grise et verte à la fois. La baie est accueillante et le calme précaire. Nous sommes en Terre d’Afrique à Ifriqiya. Avertis par ses messagers, Larbas, le jeune et beau Roi de Tunisie, attendait avec impatience la mystérieuse passagère de cette embarcation phénicienne. Le voyage de Didon commence!

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Courtois et galant il offre toit et fourchette à la Princesse qui sans perdre une minute lui raconte son évasion de Tyr et lui propose un marché.

Toute de grâce vêtue et de mystère habillée elle distille ses paroles en croisant ses longues jambes que l’on devine galbées sous de fines soieries aux couleurs chatoyantes tout en étant discrètes…

 

Le jeune roi est déjà sous l’emprise de cette déesse venue de Tyr !

 

La raison d’Etat fait place, dans sa tête, au désir et à la passion ! Il se veut homme face à Elyssa homme avant d’être roi !

Elle divulgue son secret et formule son message avec douceur et fermeté !

Elle souhaite acheter un petit territoire tunisien aussi large qu’une peau de bœuf. Le roi épris par son intelligence, sa grâce et sa beauté ne réfléchit même pas et accepte derechef ! Elyssa découpe la peau d’un bœuf en fines lanières et obtiendra ainsi un territoire suffisant à bâtir une citadelle. Ainsi, naîtra Byrsa (peau) la future ville de Carthage…

 

Follement amoureux d’Elyssa le Roi Larbas souhaite l’épouser

 Elle refuse toutes les avances du monarque et s’enferme dans une nouvelle solitude, fidèle à la mémoire de son mari !

 

Un Prince Troyen

Beaucoup plus loin, sur une autre terre  la ruse guerrière du  cheval de Troie fera un grand malheur ! Les Grecs qui assiégent Troie font semblant de fuir et abandonnent leur gigantesque cheval, pour tromper l’ennemi…La suite est simple et du ventre du cheval sortiront les guerriers qui saccageront Troie. Homère se chargera de conter cette saga des Achéens dans son Iliade…

 

Mais voilà qu’Enée, un Prince Troyen à l’instar d’Elyssa, devra quitter sa terre natale avec pour mission de créer une nouvelle Cité. Le destin ou la providence conduiront notre jeune et beau chevalier vers les côtes tunisiennes. Il débarque miraculeusement à Byrsa, l’ancêtre de Carthage et fait la connaissance de la Princesse Didon, l’ancienne Elyssa.

 

A nouveau tout va vite. Très vite. Didon tombe amoureuse d’Enée.

Touchée par une flèche de Cupidon (Eros)  elle est poussée dans les bras du chevalier. Une grotte carthaginoise abritera leurs premières amours. Mais les Dieux ont des raisons que seule la raison ignore. Mercure est envoyé par Jupiter pour rappeler à Enée qu’il doit fonder une nouvelle ville et accomplir sa destinée en Italie !

 

Enée offre une longue et large épée dorée à la Souveraine et prend congé.

 

Pourquoi cette arme ? Pourquoi ce destin ? Pourquoi cette ruse ?

@suivre

23.09.2008

Une si ensorcellante Carthaginoise =)

LE VOYAGE DE DIDON 

  Grande Voyageuse devant l’Eternel elle demeure pleine de mystères ! On la croyait brune, très brune. Elle est bien blanche. On la croyait porter des cheveux courts. Elle les porte bien longs et en douces tresses brunes. On la croyait maigrichonne. Elle est d’allure sportive, musclée et dotée d’un regard aussi langoureux qu’assassin…2823 années se sont déjà écoulées et la légende de Didon est toujours aussi poignante et aussi mystérieuse. La dame de Tyr parcourt, avec ce Blog voyageur, un autre voyage. Une page de vie.

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A Tyr, Pygmalion succède à son père Mutto Roi de Phénicie. Il monte sur le trône du père et pour éloigner sa princesse de sœur Elyssa et avoir le pouvoir absolu, il assassinera son mari Sicharbas.

Adulée, courtisée et aimée Elyssa assiste horrifiée à la mort de son époux et à la prise du trône paternel  par son frère. Une nuit blanche, sous le ciel libanais éclairé d’une pleine lune pousse Elyssa et sa sœur Anna à prendre une rapide décision ! Toute de noir vêtue elle défait sa lourde tresse, avale d’un trait un jus amer et tonifiant et se déploie langoureusement devant sa glace. Effrayée par la dureté de son propre regard elle est réconfortée dans sa décision. Le calme de sa sœur et de ses six servantes sont un geste d’acquiescement au silencieux et assourdissant programme ! Personne n’en parle. Tout le monde devine le dessein de la Princesse déesse !

Plus de trente hommes sont déjà au port de Tyr. Le ciel est déjà zébré d’une première rayure jaune.

L’astre solaire pousse les flots sans peine et pointe à l’horizon

Tout va vite. Très vite ! Elyssa est à bord du bateau avec toute sa petite cour. Anne la sœur fidèle ne peut retenir un flot de larmes face à l’image du père-roi Mutto et du frère sanguinaire Pygmalion. Le devoir du sang et l’honneur de la famille la poussent à épouser sans réfléchir le dessein d’Elyssa. L’exode. Le long Voyage !

Au mois d’avril, la grande Bleue, cette « Mare Nostrum » dite Mer Méditerranée fait également honneur à la belle Elyssa et maîtrise l’ardeur de ses vagues. L’embarcation prend le large, sans tangage ni roulis. 24 heures de paix et de sérénité passent bien vite. Seul le bruit du silence égrené par le clapotis des vagues et le grincement des rames meublent l’horizon…les jours passent aussi vite que les nuits et la tête d’Elyssa échafaude plan sur plan.

Soudain, l’amiral de fortune crie haut et fort: «  barre à gauche !» et fonce sur une terre grise et verte à la fois.

 Quid de cette terre ?    

                  (à suivre)

15.09.2008

Que restera-t-il des 2 600 000 touristes? (5)

Le quartier russe de Lasnamaï

Derniers jours en Estonie. Je ne peux oublier notre aventure avec Georges. Nerveux et énervé, notre jeune architecte cède enfin à notre demande et accepte de nous faire visiter Lasnamaï, le quartier russe de Tallinn.

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Les taxis, dont l’appellation a fait l’unanimité planétaire, perdent curieusement en Estonie la simplicité et l’uniformité du nom pour se transformer en « Takso » ! Nous quittons les beaux parcs et les chaussées fleuries pour nous aventurer peu à peu dans une méga-cité où seul le béton a droit de citer. Notre architecte avoue que c’est la première fois de sa vie qu’il pénètre ce quartier et qu’il n’est plus du tout responsable de notre sécurité. Soudain, le monde bascule. À quelques minutes d’une capitale qui vit à l’heure de Stockholm, nous sommes dans un faubourg de St-Petersburg. De microscopiques étals vendent tour à tour gadgets de prestige, cassettes vidéo, méga-concombres et stylos à bille. Ils parlent russe et végètent ainsi sans aucun papier. Plus d’une usine désaffectée est aménagée en gîte pour ces Arméniens, Russes, Biélorusses et Azerbaïdjanais de tout poil. Que faire du tiers de la population de l’Estonie ? Le problème reste entier aux édiles du pays. En 1995, un accord d’association est signé avec l’Union Européenne, le jour même du départ des derniers conseillers militaires russes.

Contrairement au quartier russe de Lasnamaï, le quartier de Pirita héberge 5 % de la population de Tallinn dans un cadre non pas de « Beverley Hills » mais, comme le disent si bien les Estoniens, de « Beverley Lacs ». Les maisons sont belles, spacieuses et surtout superbement fleuries. Le prix moyen est de, tenez-vous bien, un million de dollars la maison ! Chacune d’entre elles est un vrai paradis terrestre.

Interlocuteur privilégié de l’Union Européenne parmi les pays de l’ex-URSS, l’Estonie poursuit une croissance appuyée sur la gestion rigoureuse de son économie. Avec un PNB (Produit National Brut) de 3 590 US$ par an, soit le cinquième de l’Espagne, l’Estonie affiche une croissance économique respectable de 4 %. Le secteur privé représente déjà 75 % du PNB. La dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et le fait que 33 % de la population ne possèdent pas le statut de citoyen estonien représentent une grande faiblesse pour le pays. Ce bon élève du FMI a l’avantage du voisinage finlandais et de son ouverture vers l’Europe occidentale. Le lignite est sa principale production minière. Le bois, le textile et le ciment, tout comme l’orge, la pomme de terre et la pêche, sont les principales productions de l’Estonie. La disparition annoncée cette année des free-shops en Europe est peut-être un coup mortel pour le tourisme estonien. La majorité des passagers en provenance d’Helsinki viennent uniquement pour des achats hors taxe. Le naufrage du ferry « Estonia » en septembre 1994 avec 700 disparus n’a pas freiné cet exode mercantile.

Que restera-t-il des 2 600 000 touristes si le pays ne trouve pas une nouvelle formule semblable à l’hors taxe tout en suivant les dogmes de la communauté européenne ?

Le bois, la pêche et le GSM sont certes les trois coqueluches de l’année. La forêt estonienne abondamment arrosée croît deux fois plus vite que la coupe industrielle. C’est ainsi que le bois est exporté à tour de bras vers le monde entier. La pêche généreuse permet à plus d’un d’avoir une vie sécurisée. Quant au GSM, ce sacré téléphone cellulaire, exporté à partir de 20 US$ l’unité, il couvre 99 % du territoire, ce qui représente un des taux les plus élevés du monde, avec quelque 170 appareils pour 1 000 habitants. La Finlande reste en tête avec 573‰. Ce soir, nous remontons le cours de l’histoire sur une inconfortable banquette monobloc en bois massif et aux nœuds saillants dans le restaurant « Olde Hansa », sur la place « Vana Turg ». Ce restaurant aux quatre menus uniques aux prix différents vous propose un repas médiéval dans une gigantesque assiette. Votre palais ira à la conquête des cités hanséatiques et dégustera des mets austères au goût nouveau. Les charmantes serveuses au tablier vert effleurant le sol ne cessent de répéter avec un joli sourire ika ika pour dire « OK » aïta pour dire « merci », et vous souhaitent un tervisex (« santé ! »), pour saluer votre bière, et un héat iso pour vous souhaiter un bon appétit. Ce que l’on mangeait bien aux siècles passés !

De l’autre côté de la place du marché se dresse fièrement, sur ses 154 mètres, la plus haute église du Nord.

Son clocher est si haut que les marins finlandais s’en servaient comme repère pour aborder l’Estonie. En 1930, une triste rafale détrône notre clocher qui perdit 17 mètres de sa hauteur ainsi que son record. Sur les 137 mètres restants trône sur les tuiles vertes une énorme boule de bronze de 1,14 mètre de diamètre, toute d’or vêtue. Toutes les rues et les ruelles arborent marbres et fer forgé sur chaque façade.

En haut de la vieille ville jaillissent les cinq tours de la très belle église orthodoxe qui jouxte la vaste Maison du gouvernement. Ici, tout est mystique et évasion. Le voyage continue !

(Fin)

 

09.09.2008

Ballade en Estonie (4)

@travers le Sussi Jaani

Ce matin, c’est la découverte d’un musée ouvert à l’orée de Tallinn, le « Sussi Jaani ». Une merveille. La reconstitution de la vie estonienne des siècles passés dans un espace de dix hectares.

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Des dizaines de larges maisons d’une seule pièce de 40 mètres de long où de solides troncs d’arbres forment murs et cloisons. Un chaume coupé sur les rivages de la Baltique comme de fins roseaux tempère les froids de l’hiver polaire. Un coin dortoir pour réunir la famille. Un coin cuisine pour sauvegarder les graines et les huiles et un coin séjour pour filer la laine et le temps. Sans journal ni radio, le chef de famille avait encore la chance d’apprécier une vraie vie de famille et personne n’avait l’excuse d’Internet, d’une chaîne câblée ou du dernier CD de Cher ou de Madonna. C’était encore l’époque où 90 % des Estoniens vivaient à la campagne contrairement à aujourd’hui où il ne reste plus que 10 % de paysans.

La mystique et la religion n’ont jamais occupé une grande place chez l’Estonien, depuis le deuxième âge d’or de Tallinn, au XVIIe siècle, sous la férule du roi protestant de Suède. Il ne reste plus aujourd’hui que 20 % de croyants. C’est peut-être le plus haut taux d’athéisme de la planète. Si l’Allemagne affiche près de 25 % de non croyants en 1999, c’est surtout par esprit mercantile et non confessionnel. C’est que l’église allemande continue en cette fin de siècle d’exiger une dîme du contribuable de près de 5 % !

Tout au long de notre balade entre rivières et collines émerge ça et là la magie du grand Nord. Le bonheur est toujours éphémère à l’instar du moment volé à la vie. Le bonheur n’est souvent qu’un sourire fugace, qu’un téléphone inattendu ou qu’une simple rencontre fortuite. Le dieu Hasard guide le berger de la planète, le simple Voyageur. Dans ce parc, le bonheur est de bois vêtu et fait de ces 8 m3 de bois surchauffé un sauna finlandais. Le bonheur de l’Estonien. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il gèle, l’Estonien prend son sauna à plus de 100°C en vapeur sèche, court nu comme un ver vers un trou creusé à même la glace pour une baignade vivifiante et revient à nouveau dans son sauna. Cette navette et ce manège durent souvent deux ou trois heures.

Tèra ! Encore une fois ! Dit rapidement, Tèra se mue en Tèratèra et fait rire aux éclats notre jeune guide aux yeux océaniques. Nous croyons lui faire plaisir en l’apostrophant en estonien avec un Tèra ! qui signifie « Salut ! », mais doublé et sans intonation, Tèra devient « pomme de terre » ! Cette plante ramenée par Christophe Colomb d’Amérique vers l’Espagne transita par l’Allemagne pour devenir le plat de résistance de l’Estonie.

Qui peut prétendre à la citoyenneté du pays ? Voilà un problème que j’ai rencontré dans les trois pays baltes et que chaque pays essaie de résoudre d’une façon plus ou moins malheureuse.

L’Estonie a résolu le problème d’une façon arbitraire. Devient Estonien celui qui l’était en 1940 et ses descendants, ainsi que l’étranger qui réside au pays depuis plus de cinq ans, mais à deux conditions : qu’il connaisse la langue estonienne et qu’il n’ait jamais travaillé pour le KGB. Le tiers de la population, soit 500 000 russophones, est ainsi exclu de la citoyenneté. Reste une tranche de la population qui n’est ni estonienne de facto, ni en attente de papiers. Ce sont les citoyens russophones qui ont précieusement conservé leur passeport périmé de l’ancienne URSS. Il ne leur reste que des larmes désespérées et un document qui leur permet certes de décliner leur identité et de se rendre en touriste en Russie voisine, mais qui ne leur donne aucun droit en Estonie.

L’Estonie ne peut ni donner des papiers à ces Soviétiques, ni trop les maltraiter car le géant voisin russe criera aussitôt à l’incident diplomatique. Leurs enfants nés en Estonie auront, eux, la possibilité, à 16 ans, de demander la nationalité.

@ suivre : Le quartier russe de Lasnamaï

 

28.08.2008

Saga-Visa-Estival (2)

La saga se corse

chez les Lettons!

C’était le 11 août, fameux jour de l’éclipse solaire et veille du grand départ vers les pays baltes. J’avais déjà envoyé à l’ambassade d’Estonie, par poste, tous les documents requis pour l’obtention d’un visa à double entrée en acceptant de facto une énorme taxe à payer. Un téléphone de précaution ultime à Madame le consul m’apprend hélas une nouvelle formalité.

Il fallait exhiber à l’ambassade autant de traveller’s chèques de 100 dollars chacun que de jours à passer et ce, aussi bien à l’aller qu’au retour. J’avais beau arguer qu’à l’heure de la puce électronique les cartes de crédit devraient suffire, et j’entendais cette même réponse : « N’oubliez pas qu’il faut la même chose pour votre fils ! »

Mes trois banques habituelles m’apprennent qu’elles n’ont pas délivré de traveller’s chèques depuis des années !

Il est onze heures. Tunis s’endort. Les rues se vident à une cadence effrayante. Le soleil perd de son intensité. La foule mal informée et angoissée abandonne rues et commerces. En été, toute l’administration tunisienne ferme à treize heures. L’acquisition de ces sacrés traveller’s chèques devient aléatoire, difficile et presque impossible avant mon avion du lendemain à huit heures du matin. Une idée. Une bête idée. Je téléphone à un ami PDG de banque pour lui demander...s’il s’était procuré des lunettes de protection pour cette éclipse solaire ! Le directeur me reçoit comme le Messie ! Il est effectivement en panne d’une paire de lunettes. Notre marchandage dure trois minutes et se termine par un grand éclat de rire : « Si tu es là en quinze minutes, me di-il, nous prendrons le café ensemble et nous observerons l’éclipse depuis la fenêtre de mon huitième étage avec tes précieuses lunettes d’apothicaire, le temps qu’il faudra pour t’établir le nombre de traveller’s chèques demandés. »

Tunis en 1950 a dû ressembler à la ville déserte de ce 11 août 1999.

À douze heures précises, pas la moindre voiture en circulation. Mais la surprise est ailleurs. Le lendemain à Paris, escortés par une amie, nous découvrons en cherchant le consulat de Lettonie une surprenante rue qui porte le nom de « Villa Saïd », là où est né Emile Zola. J’apprends ainsi qu’à Paris, certaines petites rues fermées et protégées sont réservées à quelques heureux mortels qui peuvent aisément parquer leur Porsche ou leur Ferrari en toute confiance.

Après avoir vérifié, compté et photocopié les traveller’s chèques en question, la jeune consul nous remet enfin nos visas à double entrée. La suite de l’histoire est plus surprenante encore. Une semaine plus tard, nous arrivons à 22 h dans un très bel hôtel de Riga. Zi, mon accompagnateur âgé de 13 ans et argentier désigné, sort ses fameux traveller’s chèques pour régler la nuit d’avance. Ni chaise, ni verre d’eau pour amortir le choc : les traveller’s chèques ne sont pas reconnus en Lettonie ! Tôt le lendemain, une banque de Riga, moyennant forte commission, me changera mes maudits traveller’s chèques en précieux dollars. Heureusement que le ridicule ne tue pas. L’empire soviétique a-t-il vraiment éclaté ?

Comment transformer un Niet en Da ?

Le troisième épisode est celui de l’ambassade de Lituanie qui refuse, au bout de cinq mois de tractations épistolaires, de nous délivrer un visa touristique. Sans autre forme de procès.

Finalement, une jeune dame du consulat nous souffle une idée : trouver une personne à Vilnius qui pourrait se rendre au Ministère des Affaires Etrangères de Lituanie et obtenir une invitation qui nous permettrait d’avoir ce visa. Une dizaine de emails me font découvrir un ami Kiwanien, Audrius Sabas, qui accepte de me rendre ce service. Fou de joie, je faxerai plus tard au consulat de Lituanie à Paris cette invitation sous forme d’un tableau d’honneur cartonné (21x29 cm !). Niet. Cette invitation ne porte hélas qu’un seul prénom. Merci à Audrius d’avoir accepté le diktat administratif de son pays et de nous avoir adressé une seconde invitation qu’il faudra ensuite montrer en original au consulat à Paris. Ce soir-là, à 9 000 mètres d’altitude, la bonne humeur et un champagne gai et pétillant m’ont peut-être un peu déconcentré. En arrivant chez nos hôtes parisiens pour passer la nuit, je m’aperçois que j’ai oublié dans l’avion mon fameux dossier de voyage qui comporte, outre mes plans de villes et mes contacts, les deux « invitations-tableaux » d’honneur pour entrer en Lituanie. Air France ne devait jamais retrouver ma petite serviette noire avec mes précieux documents.

Anxieux, inquiets, démoralisés, nous assistons, dans le couloir du consulat de Lituanie au 14 boulevard Montmartre à la discussion suivante.

Une jeune blonde qui du sourire ne connaît ni le nom, ni le secret, toise un Argentin d’un mètre quatre-vingt-dix et lui répète sans même le regarder qu’il devra retourner à Buenos Aires faire sa demande de visa à l’ambassade de Lituanie en Argentine et revenir ensuite à Paris pour reprendre son avion pour Vilnius. Quand une représentation diplomatique existe dans un pays donné, les ressortissants de ce pays doivent en effet demander leur visa à ladite représentation. L’Argentin ne comprend toujours pas qu’il devra faire plus de vingt heures d’avion pour aller chercher son visa et revenir à Paris. Seuls 21 pays de notre liste des 243 pays du CIGV sont exemptés de visa d’entrée pour la Lituanie. L ’Argentine et la Tunisie ne font hélas pas partie du lot.

Arrive enfin notre tour chez Madame le Consul.

Elle écoute sans broncher notre mésaventure d’Air France, refuse nos passeports et nous demande de revenir dans quatre heures, le temps de téléphoner à son Ministère des Affaires Etrangères à Vilnius. Tout ceci à l’aube de l’an 2000. L’après-midi, une brise parisienne semble effleurer le courroux de la dame qui se montre plus souriante et coopérative. Elle nous délivre un visa avec une seule entrée. C’est tout ce que nous demandions puisque la Lituanie constitue la dernière étape de notre sacré voyage aux pays baltes.

Le plus étonnant est certainement notre folle obstination à vouloir visiter les pays baltes coûte que coûte.

@suivre : Vers un aéroport fantôme !

24.07.2008

Les araignées des hommes des cavernes(5)

  Un mur de tissu blanc

Vingt deux ans plus tard, au cœur de la forêt amazonienne de la Guyane Française , je déambulais un soir, vers 22 heures, avec un compagnon de vadrouille.

Dans un sentier glissant et parsemé d’embûches, nos petites torches nous dévoilent toutes sortes de petits reptiles, de sauterelles, de papillons et autres jeunes carnivores. Tout cela faisait partie du décor et nous enchantait. Soudain, les faisceaux de nos torches électriques fusionnent sur un énorme mur blanc qui barre le chemin. Mystère et boule de gomme. D’où vient cette muraille de Chine, ce mur des lamentations, ce mur de Berlin ou cette muraille de Babel qui stoppe le voyage ? Le mystère s’amplifie. Le mur se veut un simple tissu blanc tiré par quatre cordes, posé par un chasseur embusqué, dit chasseur de papillons. Ils sont dix, ils sont vingt, ils sont cent, beaux et gros papillons de toutes sortes, de toutes les couleurs, accrochés à cette blanche muraille de la jungle de deux m2. Imprudent que je suis, dans mes voyages fous, à travers le monde, j’avance ma main pour caresser délicatement le dos d’un de ces papillons géants. Quand soudain, une tétanie m’envahit.

De grosses gouttes de sueur perlent sur mon front, face à cette découverte.

Entre ces papillons, trois énormes mygales ou araignées géantes forment un sinistre trio de la mort ! L’adrénaline et l’acétylcholine de ma mémoire en ébullition ressortent une vieille image de 22 ans. Ma chasse au tigre et l’araignée noire d’Iguazú.

J’ai passé 22 ans, libre et libéré de cette image d’araignée et me voilà transformé en quelques secondes en arachnophobe!

Pour ma consolation, j’appris la semaine dernière sur la chaîne télévisuelle franco-allemande « ARTE », que des dizaines de millions de personnes sont arachnophobes pour une simple raison : c’est la faute à Mendel. Dans notre ADN, serait encore gravée la vie de l’homme des cavernes, qui côtoyait, au quotidien, les araignées avec plus ou moins de bonheur.

 

@suivre : Une vie de chien

21.07.2008

Puerto Iguazu by night (4)

Le sel du Tigre

 

La chance est au rendez-vous. Mon voyage change de rive et aborde de nouveaux rivages. Monsieur le Receveur principal des Postes centrales du village de Puerto Iguazú a décidé de me transformer en aide chasseur. Un volontaire désigné !

Suivent quatre jours de folie, quatre jours de découvertes et quatre nuits de chasse bredouille. Il s’agissait de chasser le tigre d’Argentine et mon rôle consistait à grimper dans les immenses lauriers noirs de plus de trente mètres de haut et de faire glisser délicatement vers le sol, avec une ficelle, un petit sachet de sel de cent grammes. C’est l’appât que m’a jeté le receveur quand il m’a ouvert sa porte. C’est ce sel qui est censé attirer le tigre vers le chasseur à l’affût.

Cette narration sera pour plus tard, dans un autre Astrolabe.

Mais arrêtons-nous à la troisième nuit de chasse à 22 heures 30

Soudain le temps se fige. L’air se raréfie. Il hurle en me chuchotant un mot. Un ordre : STOP !

Une image. Une simple image qui se cristallisa dans mon cerveau, se perdit à jamais dans les méandres de ma mémoire et que je n’ai retrouvée que vingt cinq ans plus tard en Guyane Française, au bord du fleuve Oyapock . Le receveur de poste sort religieusement son allumette et fait jaillir une douce flamme qu’il rapproche religieusement de mon nez. Anesthésié par tant de mystère, à 22 heures 31, je me laisse faire.

La flamme prend soudain des dimensions volcaniques telle une soufrière en gerbe et en feu. L’allumette avance encore au risque de me brûler les cils ! Mon anesthésie s’accentue et mon petit cerveau se fige. Suivent trente secondes de vide. De rien. De peur. D’angoisse. Et surtout d’incompréhension totale. Trente secondes ou déjà une éternité. Soudain, éclata face à mes yeux, un crépitement sinistre, celui d’un bûcher de Jeanne d’Arc ou de crémation balinaise. Une odeur âcre et nauséabonde envahit mes narines et peut-être même toute l’Argentine. Encore trente secondes de flou, de vertige et d’incompréhension. Abracadabra, lèves toi...

Le mystère s’évanouit. Le receveur des postes me tend la main pour me féliciter de ma deuxième naissance. Il ouvrit gravement sa besace, en sortit une chaude bière et me dit : «  Buvons à ta nouvelle vie ! »

Je n’osais croire ce que je croyais enfin comprendre et que je ne réalise toujours pas

Monsieur le receveur des postes argentines venait de me sauver la vie en tuant à l’aide d’une simple allumette une horrible araignée noire qui allait me faire passer de vie à trépas en quelques minutes à peine.

 

@suivre : 22 ans plus tard…

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