Kimberley,
la délivrance !
6e et dernière escale du voyage !
Entre deux verres de fendant, un vin blanc du Valais suisse, la décision est prise : le Parisien rentrera ce soir même avec Kimberley. Tôt le lendemain, le professeur Dubois la conduit à bord de sa grande Peugeot bleu nuit vers un quartier chic de Paris. La célèbre Madame Paule reçoit le médecin et sa patiente, et partage son avis de combattre le feu par le feu. Des dîners galants, des chandelles langoureuses, des suites royales et des Jaguar rutilantes se succèdent de jour en jour.
Consciente et inconsciente à la fois, elle vit trois semaines égrenées de douceur et d’aventure dans un cadre de confort et de luxe tapageur pour retrouver en bout de chemin un couloir sombre et fermé. Le dernier de ses clients tombe amoureux d’elle. Un an plus tard, naît un joli bébé. Ce cap dépassé, Kimberley retombe en dépression et retourne chez le professeur Dubois. Anéanti à son tour par cette triste nouvelle, il décide d’une autre thérapie.
En quarante huit heures, le sexagénaire et humaniste psychiatre trouve l’adresse d’un « abattoir » au cœur même de Paris. Comme convenu, il reviendra la chercher sept jours plus tard. Lundi, huit heures du matin.
C’est le choc. C’est l’extase. C’est presque la vie. En voyant le professeur, Kimberley court, galope, saute, l’attrape dans ses bras et pleure toutes les larmes de son corps, en mêlant des dizaines de « mercis » à des centaines de « thank you ». C’est déjà le retour en Afrique du Sud.
Au Kruger Parc
Trois jours d’évasion complète au Kruger Parc d’Afrique du Sud. Une immense réserve naturelle qui commence au nord, à la frontière du Zimbabwe et se termine au sud, à l’orée du royaume du Swaziland. Ici, les animaux sont rois et le sieur Kruger a tout prévu. Une organisation à l’allemande gère ce parc comme une grosse PME. Des centaines de routes asphaltées, avec un maximum autorisé de 50 km/h et vingt quatre gîtes l’attendent pour passer les longues nuits tropicales. A dix huit heures les portes des gîtes ou motels avec des dizaines de huttes confortables se ferment et ne s’ouvriront qu’à cinq heures du matin, heure où les voyageurs se préparent déjà à assister au réveil des animaux. Le spectacle est garanti. Les lions, zèbres, girafes, singes de tous poils et des dizaines d’autres belles bêtes circulent en liberté sous le nez de Kimberley qui se sent enfin proche de cette nature.
Aujourd’hui, Kimberley est délivrée.
Tous ses horribles souvenirs se sont évanouis. Elle divorce, prend son enfant qui devient grand et s’installe dans une chaude tanière à Cap Town, pour ouvrir une nouvelle page de vie, dans son Afrique du Sud. Une proie qui serait, cette fois peut-être, croquée avec tendresse.
Roxane lit d’un trait le récit qu’elle vient d’écrire et éclate à son tour en sanglots. Une rasade d’un bon scotch vieux de dix huit ans, « Glenmaranje » de la bonne vieille Ecosse, tassé sur quatre glaçons transperce sa poitrine en feu et remet d’aplomb. Des larmes de délivrance en hommage à cette âme torturée, bafouée et peut-être finalement sauvée.
Telle est la vie, un menu incongru d’espoirs et d’incertitudes.
R.T.
(Swaziland)
N.B. Toute ressemblance avec des faits connus est voulue.