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gitans

  • MOLDAVIA (2)

    Ni Rom ni Gitans

    Une voiture privée des années cinquante, d’origine russe, noire comme du vieux charbon, se faufile dans les ruelles sombres qui séparent la ville de l’aéroport. Puis les avenues  se font plus larges, les arbres majestueux, les façades plus « époque de Tsars » et un rai de lumière diffuse sous certains porches.

    À l’orée d’une forêt, deux jeunes soldats arrêtent notre véhicule et nous ouvrent bien vite la barrière de bois rouge. C’est enfin le Jolly-Alon. Le sourire de Marianne qui se frotte les yeux de sommeil et d’incrédulité me remet de bonne humeur. Mon baluchon rapidement jeté sur mon lit et ma veste chaude enfilée, je dévale l’escalier pour rejoindre la sortie. Deux jeunes gardes taciturnes me barrent l’entrée et me ramènent vers Marianne. Douce et quelque peu intimidée, elle fait tout pour me dissuader. La raison du Voyageur ignore souvent la raison et le discours de ma nouvelle amie n’aura pas d’effet. Pour préserver ma vie, il est impérativement recommandé de ne pas sortir seul après 22 heures et surtout de ne pas traverser le parc  d’en face. Traversant à pas rapides ce parc majestueux et chantant à tue-tête, je me retrouve rapidement sur un grand boulevard où je retrouve  un zeste de Minsk en Biélorussie et un parfum sordide de Kiev en Ukraine, by night. Ce que l’URSS a pu construire d’augustes bâtisses, de grands boulevards et d’arcs de triomphe dans ce pays !

    La ville n’est pas déserte. Elle est drapée d’une lumière voilée et d’un froid glacial. Soudain, un rire nerveux et enfantin me surprend. Ils sont dix ou même quinze. Ils ont moins de 12 ans et sont assis à même le sol.  

    Les pupilles en mydriase et le nez rouge leur donnent un air de jeunes ivrognes. Ce n’est ni le gin ni la vodka qui les émèchent mais une sordide et curieuse bouteille de plastique blanche. Ce ne sont ni Rom ni des Gitans mais de jeunes Moldaves pauvres et abandonnés. En « sniffant » la colle, ils oublient la misère de leurs douze ans ! Les histoires de la télévision sont bien des réalités. Hélas.

    Plus loin, une baraque de 2 m2 vend de froides saucisses et des graines de tournesol éclairées par une lampe à huile. Plus loin encore, je suis hélé par un jeune soldat de 20 ans. Sa chaude « chapska » et son manteau de laine épaisse ne cachent ni son gros furoncle au cou, ni la misère qui hante son regard, ni encore sa solde de 20 US$ par mois, à l’instar des ouvriers du pays. Il quémande une cigarette à un non-fumeur. Quand la chance fait défaut... Deux autres soldats chétifs et hirsutes montent la garde devant une façade baroque par ce froid de canard. Une grande plaque de bronze indique l’ambassade de Hongrie.

    Près d’une heure de marche à vive allure et je retraverse mon parc en évitant les drogués et leurs lames alertes !

    HISTOIRE MOLDAVE

    La dynastie moldave ou le Bessarab s’étend sur la rive ouest du Dniestr (Nistru) qui le sépare de l’Ukraine et portait, au gré du temps, entre 1367 et 1944, le nom de Bessarabie.  

    Ce pays s‘étend jusqu’à la rive de l’autre fleuve de la région, le Prout, qui la sépare de la Roumanie. Au XIVe siècle les Turcs s’emparent de la Bessarabie et l’occupent jusqu’en 1812, date de son premier rattachement à la Russie par le traité de Bucarest. Potemkine le célèbre ami de Catherine La Grande, redonne à la Moldavie son ancien nom de Bessarabie.

    Quarante ans plus tard la Roumanie voisine occupe le pays. En 1878 la guerre russo-turque donnera le jour à une très brève indépendance puis à une fusion de la Bessarabie avec la Roumanie. C’est l’époque d’Eminescu, le Goethe moldave (1840-1879) dont la statue est aujourd’hui à l’entrée du parc principal de la capitale et qui rassemble les amoureux de Chisinau sous son regard amusé.

    Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le pays fera partie de la République fédérée d’Ukraine, qui perdra le Nord de la Bessarabie en 1940. C’est ce qu’attendait la Roumanie pour reprendre ce petit pays et la Transnistrie pendant quatorze autres années et le céder enfin à l’URSS. Ce ballottage historique d’un pays enclavé se termine par une indépendance étriquée en 1991. Pour le malheur de ce petit pays de 33 700 Km2 et de 4,3 millions d’habitants, les russophones déclarent la région de Transnistrie autonome, tout comme la Gagaouzie qui se sépare de la République de Moldavie qui perd ainsi son nom de Bessarabie. 200 000 habitants peuplent les 1 800 Km2 de la Gagaouzie et parlent turc tout en étant chrétiens. A Komrat la capitale, un gouvernement déclare en 1990 une république autonome au grand dam de la République de Moldavie ainsi amputée. Le même scénario se répète au sud-est avec la Transnistrie et ses 750 000 habitants vivant sur 5 000 Km2 qui s’autoproclame république de la rive gauche du Dniestr. Un pays créé de toutes pièces par les Russes, comme de partout sur l’ancien territoire de l’URSS : les guerres de Tchétchénie, du Nagorny-Karabach, le Nakhitchevan, etc.

    Nous voilà donc avec une Moldavie sans tête ni pieds et trois gros problèmes: plus de passage au Sud vers la mer Noire, au nord la Gagaouzie dans la région des Carpates et au sud-est cette turbulente Transnistrie, le tristement célèbre bastion du 14e régiment russe, qui se proclame indépendante et tue l’industrie moldave.

    Ainsi dépecée, la Moldavie vit par la grâce de Dieu, la force de ses chefs et par la présence certaine d’une forte maffia (dite russe) qui détient plus d’un pouvoir dans un pays habitué à près de 70 ans de soumission et d’obéissance!

    Tout cela explique l’usage du roumain et du russe comme langues véhiculaires du pays. Le dit moldave n’est autre que le roumain et le gagaouze est une langue turque avec des caractères grecs. Le flux et le reflux de l’histoire ne sont pas étrangers à ce mélange linguistique. Ce même mélange donne, du point de vue physionomique, une beauté féminine qui a peu de concurrents dans cette partie du monde. Imaginez un pays un peuple à 65% d’origine roumaine, 25% russe, 3% gagaouze et 2% bulgare et vous comprendrez que les dames Moldaves sont ont le port fier et altier, le sourire permanent et une simplicité qui confine à l’élégance et à l’amabilité !

    Allons maintenant à la découverte de l’Autre, de l’aborigène, de l’autochtone, ses us et ses coutumes si lointaines….en passant par les caves de Cricova !

    (A suivre)