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  • Insolite Royaume

    LE PLUS RICHE

    Pays du monde

      Doha. (Avril 1986). Après deux heures d’escale, nous quittons ce fabuleux aéroport de Bahrein. Un free-shop des mille et une nuits offre à tout détenteur de paquets de dollars les plus beaux bijoux actuels et les gadgets électroniques les plus sophistiqués de cette fin de siècle. Bahrein qui tient son nom de « deux mers », ou encore d’une mer douce, profonde et fertile, sous une autre mer (supérieure) salée... deux mers superposées et exceptionnelles qui enfantent ce nom de Bahrein donné à cette île ou mini-Etat du Golfe.

    Un aéroport minuscule nous accueille à Doha. Six silencieux « Mirages » sont exposés à l’aride soleil de ce hangar à ciel ouvert de l’aéroport. Marcel Dassault, le père de ces mirages, vient de s’éteindre et la petite « guéguerre » entre Qatar et Bahrein vient d’éclater  pour un îlot voisin aux deux pays, l’îlot de Facht El Dibel...
    Allons à la découverte de Doha, capitale qatari!

    Rares sont les hôtels aussi somptueux et gigantesques dans le monde. Ce Sheraton Doha qui émerge en plein désert, au bout de la Baie de Doha semble entre un mirage architectural. Une énorme pyramide à trois facettes colossales bouche l’horizon de notre autoroute. De l’intérieur, c’est sous une tente gigantesque que l’on se retrouve, dans le pilier central, haut de 22 étages, enveloppé et drapé de six vertigineux ascenseurs aériens, aux vitres fumées... tout comme en Californie.  Cette architecture animée d’hommes blancs déambulants, prononce l’insolite pays qatari.
                                                                                                                         
       Contrairement au Sultanat d’Oman, l’habit est ici plus simple. Nous retrouvons cette longue blouse blanche d’Oman « dachdacha », souvent recouverte, en cérémonie officielle, par une fine et soyeuse cape dorée « Ibâa ». La tête est recouverte ici d’un large foulard blanc flottant maintenu par un cordon tissé et souvent noir appelé « Aguél ». Ce même habit se trouve du reste dans les autres pays du Golfe, à quelques exceptions près.

    LA  CELEBRE FAMILLE AL THANI

    Où sommes-nous donc sur cette presqu’île du bout du monde ? Au large de la mer, dite Golfe Arabique, émerge la péninsule de Qatar, avec à sa racine une frontière avec les Emirats Arabes Unis au sud-est et avec l’Arabie Saoudite au sud-ouest et ayant comme voisin marin... l’île de Bahrein à vingt minutes de vol.

    Sur une superficie de 11 437 km², soit moins du dixième de la  superficie de la Tunisie, vivent quelque 250.000 heureux habitants.

    La collection de silex exposée au Musée National du Qatar et ces beaux spécimens de têtes de lance découvertes dans la région prouvent que la période néolithique existait dans ce minuscule pays.

    Hérodote, le Grec, dira plus tard que Qatar était peuplé de Cananéens, peuplade arabe.

    Au VIe siècle, une alliance avec les Turcs chassa les Portugais pour tomber sous la tutelle de l’empire Ottoman avec des flirts... anglais, le Royaume-Uni s’implanta définitivement à Qatar lors de la Première Guerre Mondiale, jusqu’au 3 septembre 1971, date de l’indépendance du pays.

    Longtemps dirigé d’une façon patriarcale, Qatar subissait le diktat anglais sous la forme d’un protectorat rigide et intransigeant ! Tout cela commence à s’estomper et à s’améliorer avec l’avènement en 1960 du Cheikh Ahmed Ibn Abdallah auquel succéda son cousin plus averti, Cheikh Khalifa Bin Hamed Al Thani en 1972. Par ce simple coup d’état, sans effusion de sang, Qatar a trouvé sa voie royale pour un prestigieux développement, programmé par un ingénieux et grandiose Emir qui est le septième de sa noble lignée existant depuis 1850 à Qatar !

    Aujourd’hui, l’Emir est considéré avec vénération comme le véritable fondateur du Qatar moderne et comme son principale dirigeant, tout en étant assisté de son Altesse Cheikh Hamed Bin Kalifa Al Thani, prince héritier et Ministre de la Défense.

    Il est temps d'aller à la découverte de cet insolite pays, le voyage ne fait que commencer...!

     

  • Gibraltar (suite & fin)

    Les  Barbary Aprs

    Troisième  et dernière escale à Gibraltar! Il est midi. Un soleil de plomb pèse sur la ville. Le froid de Barcelone est déjà loin et Gibraltar bénéficie de la clémence méditerranéenne. Quinze minutes d’attente pour attraper enfin ce mini bus de 22 places qui rappelle étrangement les « Dolmuchs » d’Izmir en Turquie. Pour 40 pesetas espagnoles (une livre sterling = 200 pesetas), ce vieux bus d’après-guerre nous conduira au téléphérique de Gibraltar. De là, on atteindra le Rocher des Singes (Rock Apes). Ces derniers, arrivés à l’époque de Tarak Ibn Zied, représentent la plus grande curiosité du pays que nous irons découvrir.

    Une petite plaque de dix centimètres carrés, accrochée au mur du téléphérique de Gibraltar, nous apprend que ce dernier est en panne depuis deux semaines... Le prochain bus est dans une heure et le taxi coûte très cher. Vive la troisième solution. Amorçons, à pied, l’ascension de ce petit mont de trois cent mètres d’altitude. Le paysage rappelle aussi bien les Alpes que l’Atlas et les voitures qui passent n’ont aucune crainte de l’absence de garde-fou et frôlent ces ravins vertigineux. En fin de course, voilà une voiture de police noire et blanche qui s’arrête brusquement à dix mètres de moi. Un « bobby », on ne peut plus british, en descend, me toisant du regard. Il décide soudain de faire demi-tour, à pied. Quel est ce curieux manège au haut du sommet de Gibraltar ?

    Le policier ôte son képi et commence à siffler crescendo, tout en dirigeant son regard vers un épais feuillage de la forêt. Soudain jaillissent de ce feuillage quatre petits singes, hauts de soixante-dix centimètres, sans queue aucune et de race macaque. Très courtois, notre policier aux cheveux poivre et sel sort élégamment de sa poche une belle banane jaune qu’il coupe en fines rondelettes. Les singes se précipitent amicalement, à tour de rôle, sur les épaules de notre policier pour lui prendre ces rondelettes et leur ôter la peau...

    La distribution de banane se termine et c’est une séance de sport qui commence entre la voiture de police, le policier et les singes.

    Dans un savant jeu rapide, les singes, à la voix de leur maître, sautent de son épaule sur le véhicule et reviennent à tour de rôle.

    Main Street

    Il est seize heures dans le magasin de souvenirs et d’électronique de M. Krishna Khubchand, au n° 55 de la Main Street. Cet homme à la barbiche autoritaire et aux lunettes d’écaille supervise, d’un regard froid, les vendeurs. Très aimablement, M. Khubchand nous parle de la vie sociale et économique de cette enclave anglaise. Main Street est le poumon financier de la ville-pays de Gibraltar. Les magasins de cette rue sont tous des « free shops » et vous proposent les derniers-nés de l’électronique à des prix imbattables. D’autres magasins font fortune en vendant des statuettes représentant les singes de Gibraltar, des nappes brodées, ou encore des boiseries diverses. Les flots quotidiens de touristes ne lésinent devant rien et achètent tout ce qui est offert. Sur le trottoir d’en face, un peu plus haut que la Red House de notre ami William Serfaty, un autre commerce est tout aussi florissant : celui des timbres postaux. Ils sont vendus par centaines aux touristes qui veulent ainsi marquer leur passage sur ce rocher en envoyant des cartes postales à tous les collectionneurs du monde. Les services postaux contribuent ainsi, de façon non négligeable, aux recettes de l’Etat.

     

    Les Gibraltariens

    Sur la terrasse d’un café, David, un jeune banquier de Gibraltar, évoque son pays avec une grande ferveur. C’est que, nous dit-il, le Gibraltarien est très renfermé sur lui-même et s’isole sur son rocher. Il s’éloigne de son voisin espagnol et ne s’apparente pas trop non plus à la « Mère Patrie » anglaise. Il n’investit pas du tout, mais profite au maximum des avantages que lui confère le passeport britannique. Le Gibraltarien déteste quitter son rocher et mène une vie un peu paresseuse, nonchalante et sans émotion aucune. Le Gouverneur et le Premier Ministre locaux se débrouillent très bien avec leurs collaborateurs pour diriger le pays.

    Ce pays, de 32 000 habitants à peine, n’a ni production agricole, ni production minière, ni production industrielle. L’élevage est également inexistant. Seul le secteur tertiaire permet au pays de vivre. Le casino, les timbres-poste, la loterie et le tourisme constituent la majorité des recettes du pays. Les dépenses des militaires anglais apportent également de l’eau au moulin économique, tout comme les commerces hors-taxes. Les activités portuaires, telles que la maintenance des bateaux, occupent la plus grande partie de la main d’œuvre du pays.

     

    Adieu Gibraltar

    Revendiqué par l’Espagne voisine, Gibraltar reste, au fil des siècles, purement britannique depuis 1704. Le PNB/hab./an, de 4000 dollars, dépasse celui de l’Espagne ou de Malte  par exemple. Le problème de ce pays au niveau de vie élevé réside dans le domaine de la stratégie politique. Les Gibraltariens veulent profiter de ce statut quo de colonie anglaise. La Grande Bretagne, quant à elle, n’est pas prête à quitter de rocher et a déjà démontré sa force, aux îles  Malouines par exemple, desquelles l’Argentine commençait à trop s’approcher. Franco, lui, a essayé, à l’époque, d’asphyxier ce rocher en l’isolant par la fermeture de ses frontières terrestres. Cet isolement a, au contraire, favorisé la solidarité des habitants de Gibraltar avec la Grande Bretagne.

    Le détroit de Gibraltar, commandé encore par ce rocher et en face, par le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Mellila, restera une pierre d’achoppement. À qui échoira le contrôle absolu de ce détroit stratégique dans l’avenir ? Son sort reviendra-t-il aux trois pays riverains actuels, dont l’influence est neutralisée, ou bien à deux d’entre eux, dont l’influence se trouverait renforcée par le retrait de l’un d’eux... Pourquoi ne pas avoir plutôt recours à ce fameux pont fait de câbles en fibre de verre, qui relierait dans un lointain avenir, les quinze kilomètres séparant actuellement l’Afrique de l’Europe ?

    La légende, quant à elle, nous dit que la disparition  des singes de barbarie (Barbary Aprs), espèce unique venue du Maroc en 711, vivant en Europe, marquerait la fin de cette colonie anglaise...

     R.T.

    20 ans plus tard : 2006

     Le rocher a un autre aspect économique aujourd’hui: Les 6,5 Km2 de ce bout du monde reposent sur trois filières économiques ! Les services financiers, le tourisme et l’incontournable transport maritime !

    Le trafic de drogue et le blanchiment d’argent sont toujours de mise et 7 millions de touristes (tout autant que la Tunisie et la moitié des visiteurs de la fête de la bière à Munich, durant 15 jours) foulent chaque année le sol de cette enclave bénite !Sur les 242 pays du CIGV, Le PNB par tête et par an de Gibraltar est classé 46e avec 14 700 US dollars soit près de 5 fois celui de la Tunisie.