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PNB

  • 180 US $ de PNB par tête et par an (4)

    Cajou, pétrole

    et ... termitières

    A plus de deux heures de voiture de Bissau, nous voici dans un hôtel, en bord de fleuve, qui sert de refuge aux chasseurs-pêcheurs de la région. D’un âge avancé mais toujours bon pied bon œil, Pedro le Portugais, propriétaire de l’hôtel, au nombre de clients égal à zéro, a décidé de couler ses vieux jours dans son pays natal et de retourner à Lisbonne après les fêtes de fin d’année.

    La fin de l’année est pour Pedro l’aubaine attendue. Sa seule réelle quinzaine de travail pendant toute l’année. Dès le quinze décembre, les Portugais fuient la neige de leur pays et viennent se nourrir d’exotisme en Guinée Bissau. Pedro fera encore plus. A l’aide d’un yacht, il emmène ses troupes dans les méandres de l’archipel Bijagos pour de fabuleuses et inoubliables pêches au gros. En témoignent ces dizaines de photos noir et blanc agrafées à l’entrée de l’hôtel où chaque touriste pêcheur arbore le poids de sa prise.

    Notre chemin se perd dans la forêt et notre 4x4 est envahi par d’insolites et gigantesques cônes de deux mètres de haut.

    Non ce n’était pas de la terre cuite ni une statut de Gaudi, ni un tableau de Picasso. Ces édifices innombrables et particuliers sont des termitières. Les galeries souterraines de ces termitières doivent communiquer entre elles. Le termite, cet insecte xylophage aux pièces buccales broyeuses, envahit ainsi le paysage par d’imposantes termitières. La chaire de poule est assurée pour tout passant perdu entre ces termitières de la Guinée.

    Économie

    Suivons les sinueuses galeries des termites pour essayer de comprendre l’économie de Guinée Bissau qui se cache dans une autre profonde termitière que nous allons découvrir ensemble.

    Le pays est à 90 % d’économie rurale et la noix de cajou représente 90 % des recettes d’exportation et en fait le principal producteur mondial. En 2007, l’Inde se veut le premier acheteur de cette noix en Guinée pour la distribuer sous une forme élégante et attractive à l’ensemble de la planète. Mais hélas, après trente ans d’indépendance, le pays demeure au Top 5 des pays les plus pauvres au monde.

    Il faut dire que le monde est bien injuste. A eux seuls les États-Unis, qui représentent 5 % de la population mondiale, produisent 22 % de la richesse du monde.

    La moitié de cette richesse est produite par des pays qui représentent 13 % de la population mondiale, tandis que les pays les plus pauvres, dont la Guinée Bissau fait hélas partie et qui forment 20 % de la population mondiale, ne se partagent que 3 % de la richesse de la planète.

    Le PNB (Produit National Brut) par tête et par an de la Guinée Bissau n’est que de 180 dollars US, soit 133 euros où le salaire quotidien d’un simple technicien en Allemagne. Le Top 5 des pays les plus pauvres au monde élargit le voisinage de notre Guinée à l’Ethiopie, le Burandi, le Congo RDC (aux fabuleuses richesses minières spoliées), le Libéria et la Somalie. Dans ce même continent, le Top 5 des pays les plus riches est répartie entre la Réunion (15 000 dollars US), les Seychelles, la Libye , le Gabon et l’Afrique du Sud.

    Pour garder la même mesure, le même refrain et le même espoir, évoquons le Top 5 planétaire qui, en 2005 toujours, fut restreint au Luxembourg (55 380 dollars US), à la Norvège , à la Suisse , aux USA et au Danemark.

    L’Union européenne semble être dans une autre galaxie économique comparée à notre Guinée. Si le Luxembourgeois est assuré d’un Smic ou d’un Salaire mensuel minimum garanti de 1570 €, le Français de 1250 € et le pauvre Bulgare de 92 € à peine, le Guinéen de Bissau n’aura malheureusement qu’un salaire mensuel minimum non garanti de 10 à 15 € seulement !

    La pêche, l’arachide et le bois restent les principales ressources économiques de la Guinée Bissau qui se targue d’une dette extérieure qui représente 370 % du PNB et en fait un nouveau triste record mondial.

    Aujourd’hui, 33 ans après l’indépendance, deux tiers de la population vivent sous le seuil de la pauvreté et n’affichent que 45 ans d’espérance de vie, soit près de la moitié de celle du Japon.

    Aujourd’hui, le Portugal, l’ONU, la Banque Mondiale et la BAD sont les principaux soutiens financiers du pays. Le FMI, quant à lui, découvrant un trou de 16 milliards de dollars dans les caisses de l’État, s’est retiré de la Guinée Bissau.

    Le président Vieira a un rêve. Un souhait.

    Non ce n’est pas celui de John Kennedy face au mur de Berlin ni celui de Martin Luther King à Washington. Le dream de notre président est autre, c’est un rêve visqueux, lourd et surtout si bien caché que personne en Guinée Bissau ne vous dira ce qu’il pèse, ce qu’il vaut, ce qu’il pourrait être… Comment oublier ma rencontre avec le ministre de l’économie à qui je répétais inlassablement dans ses bureaux la même question et qui me donnait inlassablement une réponse badine et creuse :

    « Comment puis-je vous dire monsieur quel est le poids de cette nouvelle richesse dont vous me parlez, de ce dream de président, de cette manne céleste enfouie dans l’eau. Sachez monsieur que seul le président Bush pourrait vous donner aujourd’hui les données exactes de cette richesse enfouie. Nous, hélas, n’avons pas accès aux données des satellites américains. Il m’est donc impossible de vous donner la quantité de réserves de pétrole que l’on vient de découvrir. »

    Allons découvrir Bissau by night entre Kalachnikov en bandoulière et balles perdues…

    (@ suivre)

  • QUIZ CIGV N°03

    QUIZ voyageur  n° 3

    -      Quel est le pays, dit, par sa forme,  « Une langue dans un pays… »

    -      Quelle est l’étymologie de son nom ?

    Toute question est également la bienvenue pour avancer dans le jeu !

    Le lauréat gagnera l’encyclopédie des Grands Voyageurs du CIGV

  • Dachdacha et Dala

    Au pays des Théières…


    Dernière escale à Doha 87. Je repense à cette médina de Doha. Imaginez des souks à n’en plus finir, éparpillés dans un dédale de ruelles asphaltées. Des centaines d’échoppes de tout genre exposent l’électronique japonaise aux côtés des plus beaux bijoux de la création.

    Des boutiques indiennes exposent leur riche artisanat qui va du jade au tapis de soie. Des boutiques chinoises présentent de beaux paravents nacrés à côtés de belles tables noires laquées. Plus loin, un marchand de porcelaine vous fera découvrir les mystères de Limoges et de Vienne. Dans une autre ruelle, c’est un magasin à 3 portes ouvertes qui présente des milliers de chemisiers et de pantalons en super solde à 3 dollars/ pièce.

    LES SOUKS DE DOHA

    De partout c’est la même frénésie, le même engouement, la même avidité d’achat. Dans ma tête, la question reste éternelle : mais que vont-ils faire de tout cela, eux qui retrouvent ces marchandises à chaque soleil levant avec une poche aussi pleine... ?

    Sur une péninsule longue de 160 kilomètres, à l’est du Golf Arabique, vivent 250.000 heureux Qataris, régis par les principes du Coran et de la Sunna, sous la bénédiction d’un Emir clairvoyant. Qatar qui est assis sur les plus importantes réserves de gaz de la région commence à se préoccuper de la crise financière mondiale et de la proche guerre irako- iranienne. Quel est donc l’avenir de cet Emirat qui a le PNB (Produit National Brut) le plus élevé de la planète ?

    Ce matin nous partons faire une excursion au nord du pays. Un désert devenu familier reste l’unique décor de ce paysage.  De timides arbustes essayent çà et là de pointer vers un torride soleil sans pitié. Une autoroute coulissante et sans bosse aucune avance dans ce désert blanc, comme dans un film imaginaire et irréel. Cette différence entre les belles limousines américaines noires, longues de huit mètres, et ce désert blanc et stérile, reste entière et intrigante.

    Soudain jaillissent les Mercedes rouges de l’escorte militaire, « Haras El Malaki » de l’Emir. Des soldats en képi rouge et tenue kaki escortent le grand et digne Emir, Prince héritier, Cheikh Hamad Ibn Kalifa Al Thani, qui préside à la défense du pays, avec le titre de Commandant en chef des Forces Armées...

    Nous sommes ici à l’entrée du village de Khor. Des petites maisons, basses et d’une architecture particulière, me rappellent ce désert d’Alice Springs, au cœur de l’Australie, cette île-continent, que je traversais en auto-stop à l’époque, par une diagonale de 4500 km, il y a plus de quinze ans déjà...

    A l’entrée du village, se dressent sur un muret deux énormes vases ou brocs de deux mètres de haut. Ces théières ou « Dala » sont l’emblème même de Qatar.Plus loin, dans un jardin public créé de toutes pièces, des dizaines de boîtes de conserves se meurent et se vautrent dans une vide et basse piscine...

    Pourtant, tout au long de la route, tout est propre et soigné. Tous les deux ou trois kilomètres, de curieux sacs en plastique, savamment attachés, attendent paisiblement en bord de route. Ces sacs noirs renferment les détritus et boîtes de conserve des joyeux pique-niqueurs du vendredi passé (repos hebdomadaire du pays)... Les services municipaux viendront systématiquement récupérer ces fameux sacs.

    Khalifa, notre jeune guide, ne cache pas sa fierté et son civisme. Tout fier, il nous annonce les 20 000 ryals (5 ryals pour 1,5 dollar) qu’il vient de recevoir de l’Etat, comme prime de mariage, en plus de 400 000 ryals pour la construction de son logement...
    Mais d’où vient toute cette manne généreusement distribuée aux Qataris ?

    L'or noir

    A peine plus grand que la Corse, ce pays se trouve au cœur de la zone pétrolière du Moyen-Orient.
    Avec un PNB de 22 050 US $ par tête et par an (soit 17 fois plus que la Tunisie), Qatar est le pays le plus riche du Moyen-Orient et du monde, bien avant le Koweït, les USA et même la Suisse qui n’aligne qu’un PNB de 15 120 US $ par exemple !

    Le Qatar a une réserve de près de 500 millions de tonnes de pétrole, soit la 18ème réserve mondiale. La production pétrolière qui était de 450 000 barils/jour est tombée à 280 000 barils/jour l’an passé, suite au quota accordé par l’OPEP. La vente de ce pétrole représente la quasi-totalité de l’exportation du pays. Aujourd’hui, le pétrole est extrait dans les régions de Al Shargui, Mazdan et Haloul (off-shore ou terrestre). Mais, c’est le gaz qui fait la très grande richesse de cette péninsule du Golfe. Qatar dispose des plus importantes réserves de gaz du monde, soit 8 000 milliards de mètres cubes. C’est dans la région de Dome que se localise cette manne de gaz naturel.

    Très riche mais...

    Le Qatar est bien le pays le plus riche du monde, mais il connut également de 1981 à 1983 la plus forte baisse en volume de son PNB, après le Tchad.
    Devant cette situation, le gouvernement n’a pas attendu pour faire de sombres coupes dans le budget de l’Etat, pour parer à cette crise conjoncturelle.
    Ceci baisse le PNB par habitant, diminue les projets  et la croissance économique en général.

    Pourquoi cette crise et ce déficit ?

    Le tout se résume en trois malheurs successifs pour ces pays pétroliers. La chute du prix du baril de pétrole (chute de plus de 50% en quelques mois), la chute du dollars (30% en un an), monnaie de vente de cet or noir, et enfin et on l’oublie souvent, la diminution de la consommation des gros clients occidentaux (Europe et Amérique du Nord...) de près de 20% par mesures d’économie. Une économie d’énergie planifiée et acquise depuis les grands booms pétroliers et le plafond de 40 dollars le baril.

    En revenant sur la genèse du pétrole, à partir de Doha, on constate par rétrospective que l’histoire du pétrole se résume très simplement. Ici dans cette région, le pétrole ne coûte que 2 dollars le baril à l’extraction. A l’époque des cartels américains en Orient, le prix de cession était autour de cette somme. Cela était la seule recette du pays producteur... Ce n’est qu’avec la guerre de Ramadhan ou du Kippour en 1973 que le prix du pétrole grimpe de 3 à 12 dollars. C’est déjà le panique en Occident .En 1979, le second choc pétrolier, avec l’avènement de Khomeini en Iran, fait encore grimper le prix du brut à 40 dollars cette fois, soit une augmentation de près de 1000% en sept ans à peine.

    Tout cela a poussé les Occidentaux à apprendre à économiser et les treize de l’OPEP à réfléchir et à décider de fixer le prix moyen autour de 33 dollars le baril. En sautant les autres étapes, on arrive en avril 1986 à crever le plancher et à flirter avec le prix de 10 dollars le baril... Ceci est déjà ruineux pour les pays très endettés comme le Mexique et déficitaire pour la production en mer du Nord (coût plus élevé) et cela devient tragique pour ces pays du Golfe qui voient leurs revenus baisser de 50% en moyenne ...

    Seuls l’Arabie Saoudite et les USA peuvent endiguer cette crise. Mais hélas, il vaut mieux vendre à bas prix  et continuer ses projets que de trop freiner la vente et le développement.

    Aujourd’hui à l’aube de l’an 2000, Qatar, frappé de plein fouet par la crise économique et la dépression mondiale du marché des hydrocarbures, ne perd point le moral. Et pour cause. Le pays le plus riche du monde, le pays à la plus grande réserve de gaz du monde, reste le seul pays du Golfe à sérieusement envisager de grands projets à l’horizon de l’an 2000 et même prévoit la construction d’un géant gazoduc vers l’Europe, via l’Irak (en guerre !) et la Turquie d’un coût de 10 milliards de dollars.

    ADIEU QATAR!

    Sobre et digne, le Dr. Mohamed Khadhem nous fait visiter avec fierté sa nouvelle université de Doha. Un luxe excessif, dans les amphithéâtres de rêve et des laboratoires de l’an 2000 offerts à de studieux étudiants sexistes. Cette université est divisée en deux. Les filles et les garçons ne cohabitent point sous la chapelle de la culture et de la science.

    Ce soir nous sommes invités chez le représentant de l’UNESCO à Qatar. Ce quartier de Doha est une petite Suisse. Des maisons en forme de chalets, enveloppés dans une fraîche verdure, semblent être un rêve dans ce désert. De partout, de longues Cadillac noires attendent devant ces belles demeures de riches diplomates ou hommes d’affaires... A la terrasse de cette demeure onusienne, la brise du soir est fraîche et caressante. Nos amis qataris, à l’aise dans leur longue blouse blanche « dachdacha » semblent déguster le passage du temps, sans peut-être se rendre compte qu’ils sont les plus nantis de cette terre. La manne pétrolière, doublée d’un gaz prolifère, assurera aux descendants de ces Qataris encore de longues et heureuses années, si le conflit irako-iranien  s’estompe rapidement, si la crise économique de notre planète se freine et si ces Qataris apprennent rapidement, à l’instar du Koweït par exemple, à diversifier leurs investissements et à moins se laisser aller vers le « maktoub »...

    Adieu riche et insolite pays de pêcheurs de perles.   

     20 ANS PLUS TARD : 2006

             
    Avec un PNB de 24 000 US$ (8 fois la Roumanie) le Qatari est classé 27e du monde  en 2005! Mais, avec les 3e réserves  de gaz et 14e de pétrole la monarchie se porte bien, certes !    Le Quatar laisse ainsi sa "première place" au Grand Duché du Luxembourg avec plus de 56 200 US$ de PNB par tête et par an, soit 624 fois celui du Burundi par exemple...ainsi va le monde!


              Quid Demain?
    Une 3e zone franche de 10 Km2 près de l’aéroport de Doha vient au secours du roi pétrole qui n’est pas éternel ! Demain c'est déjà  aujourd'hui!


  • Gibraltar (suite & fin)

    Les  Barbary Aprs

    Troisième  et dernière escale à Gibraltar! Il est midi. Un soleil de plomb pèse sur la ville. Le froid de Barcelone est déjà loin et Gibraltar bénéficie de la clémence méditerranéenne. Quinze minutes d’attente pour attraper enfin ce mini bus de 22 places qui rappelle étrangement les « Dolmuchs » d’Izmir en Turquie. Pour 40 pesetas espagnoles (une livre sterling = 200 pesetas), ce vieux bus d’après-guerre nous conduira au téléphérique de Gibraltar. De là, on atteindra le Rocher des Singes (Rock Apes). Ces derniers, arrivés à l’époque de Tarak Ibn Zied, représentent la plus grande curiosité du pays que nous irons découvrir.

    Une petite plaque de dix centimètres carrés, accrochée au mur du téléphérique de Gibraltar, nous apprend que ce dernier est en panne depuis deux semaines... Le prochain bus est dans une heure et le taxi coûte très cher. Vive la troisième solution. Amorçons, à pied, l’ascension de ce petit mont de trois cent mètres d’altitude. Le paysage rappelle aussi bien les Alpes que l’Atlas et les voitures qui passent n’ont aucune crainte de l’absence de garde-fou et frôlent ces ravins vertigineux. En fin de course, voilà une voiture de police noire et blanche qui s’arrête brusquement à dix mètres de moi. Un « bobby », on ne peut plus british, en descend, me toisant du regard. Il décide soudain de faire demi-tour, à pied. Quel est ce curieux manège au haut du sommet de Gibraltar ?

    Le policier ôte son képi et commence à siffler crescendo, tout en dirigeant son regard vers un épais feuillage de la forêt. Soudain jaillissent de ce feuillage quatre petits singes, hauts de soixante-dix centimètres, sans queue aucune et de race macaque. Très courtois, notre policier aux cheveux poivre et sel sort élégamment de sa poche une belle banane jaune qu’il coupe en fines rondelettes. Les singes se précipitent amicalement, à tour de rôle, sur les épaules de notre policier pour lui prendre ces rondelettes et leur ôter la peau...

    La distribution de banane se termine et c’est une séance de sport qui commence entre la voiture de police, le policier et les singes.

    Dans un savant jeu rapide, les singes, à la voix de leur maître, sautent de son épaule sur le véhicule et reviennent à tour de rôle.

    Main Street

    Il est seize heures dans le magasin de souvenirs et d’électronique de M. Krishna Khubchand, au n° 55 de la Main Street. Cet homme à la barbiche autoritaire et aux lunettes d’écaille supervise, d’un regard froid, les vendeurs. Très aimablement, M. Khubchand nous parle de la vie sociale et économique de cette enclave anglaise. Main Street est le poumon financier de la ville-pays de Gibraltar. Les magasins de cette rue sont tous des « free shops » et vous proposent les derniers-nés de l’électronique à des prix imbattables. D’autres magasins font fortune en vendant des statuettes représentant les singes de Gibraltar, des nappes brodées, ou encore des boiseries diverses. Les flots quotidiens de touristes ne lésinent devant rien et achètent tout ce qui est offert. Sur le trottoir d’en face, un peu plus haut que la Red House de notre ami William Serfaty, un autre commerce est tout aussi florissant : celui des timbres postaux. Ils sont vendus par centaines aux touristes qui veulent ainsi marquer leur passage sur ce rocher en envoyant des cartes postales à tous les collectionneurs du monde. Les services postaux contribuent ainsi, de façon non négligeable, aux recettes de l’Etat.

     

    Les Gibraltariens

    Sur la terrasse d’un café, David, un jeune banquier de Gibraltar, évoque son pays avec une grande ferveur. C’est que, nous dit-il, le Gibraltarien est très renfermé sur lui-même et s’isole sur son rocher. Il s’éloigne de son voisin espagnol et ne s’apparente pas trop non plus à la « Mère Patrie » anglaise. Il n’investit pas du tout, mais profite au maximum des avantages que lui confère le passeport britannique. Le Gibraltarien déteste quitter son rocher et mène une vie un peu paresseuse, nonchalante et sans émotion aucune. Le Gouverneur et le Premier Ministre locaux se débrouillent très bien avec leurs collaborateurs pour diriger le pays.

    Ce pays, de 32 000 habitants à peine, n’a ni production agricole, ni production minière, ni production industrielle. L’élevage est également inexistant. Seul le secteur tertiaire permet au pays de vivre. Le casino, les timbres-poste, la loterie et le tourisme constituent la majorité des recettes du pays. Les dépenses des militaires anglais apportent également de l’eau au moulin économique, tout comme les commerces hors-taxes. Les activités portuaires, telles que la maintenance des bateaux, occupent la plus grande partie de la main d’œuvre du pays.

     

    Adieu Gibraltar

    Revendiqué par l’Espagne voisine, Gibraltar reste, au fil des siècles, purement britannique depuis 1704. Le PNB/hab./an, de 4000 dollars, dépasse celui de l’Espagne ou de Malte  par exemple. Le problème de ce pays au niveau de vie élevé réside dans le domaine de la stratégie politique. Les Gibraltariens veulent profiter de ce statut quo de colonie anglaise. La Grande Bretagne, quant à elle, n’est pas prête à quitter de rocher et a déjà démontré sa force, aux îles  Malouines par exemple, desquelles l’Argentine commençait à trop s’approcher. Franco, lui, a essayé, à l’époque, d’asphyxier ce rocher en l’isolant par la fermeture de ses frontières terrestres. Cet isolement a, au contraire, favorisé la solidarité des habitants de Gibraltar avec la Grande Bretagne.

    Le détroit de Gibraltar, commandé encore par ce rocher et en face, par le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Mellila, restera une pierre d’achoppement. À qui échoira le contrôle absolu de ce détroit stratégique dans l’avenir ? Son sort reviendra-t-il aux trois pays riverains actuels, dont l’influence est neutralisée, ou bien à deux d’entre eux, dont l’influence se trouverait renforcée par le retrait de l’un d’eux... Pourquoi ne pas avoir plutôt recours à ce fameux pont fait de câbles en fibre de verre, qui relierait dans un lointain avenir, les quinze kilomètres séparant actuellement l’Afrique de l’Europe ?

    La légende, quant à elle, nous dit que la disparition  des singes de barbarie (Barbary Aprs), espèce unique venue du Maroc en 711, vivant en Europe, marquerait la fin de cette colonie anglaise...

     R.T.

    20 ans plus tard : 2006

     Le rocher a un autre aspect économique aujourd’hui: Les 6,5 Km2 de ce bout du monde reposent sur trois filières économiques ! Les services financiers, le tourisme et l’incontournable transport maritime !

    Le trafic de drogue et le blanchiment d’argent sont toujours de mise et 7 millions de touristes (tout autant que la Tunisie et la moitié des visiteurs de la fête de la bière à Munich, durant 15 jours) foulent chaque année le sol de cette enclave bénite !Sur les 242 pays du CIGV, Le PNB par tête et par an de Gibraltar est classé 46e avec 14 700 US dollars soit près de 5 fois celui de la Tunisie.