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Voyage - Page 23

  • AVENTURES DU BOUT DU MONDE (1)

             SYDNEY SANS BILLET

     

    Bissau. (Août 2006). Perdu avec mon fils Alex dans la profonde jungle de la Guinée Bissau, fuyant (sans le pouvoir !) les gros moustiques anophèles femelles porteuses de malaria et les géantes termitières attirant les belles couleuvres et vipères du coin, je m’évade vers d’autres cieux plus cléments…un voyage dans la mémoire !

     

    Plusieurs anecdotes me reviennent à l’esprit et j’ai soudain envie de les écrire, donc les revivre. L’une, est au quartier huppé de Rose Bay, en Australie, la seconde face au lit de Simon Bolivar à Cuzco au creux du Pérou, une troisième à l’aéroport de Darwin vers l’île des « jeunes dinosaures ou komodos » de Timor, au Lorosae,  au sud de l’Indonésie, une quatrième au "Kikar Rabbin" à Tel Aviv en Israël et enfin une cinquième aventure aux Maldives où notre beau et grand Bouddha sri lankais nous fut confisqué à la douane...

    Rattrapons le train de la mémoire!

    J’étais au quatrième semestre de sciences Po, à l’université de Köln, et suis rentré passer trois jours à Tunis pour embrasser mes parents et leur apprendre et « expliquer » que je partais pendant 70 jours (congé-prolongé entre deux semestres d’études) vers un long périple entre l’Océanie et l’Asie du Sud-Est ! Six mois de préparatifs soutenus et un achat de gros tronçons de voyages aériens entre plus de 30 pays….

    Mon père, comme d’habitude, me dit derechef que j’étais le roi des fous, que c’est long et dangereux et se demande comment j’avais fait pour acheter tous ces billets d’avions. Bref, il ne me restait plus qu’à me faire rembourser le tout et passer mes vacances à Hammamet !

    La nuit fut atroce et je n’avais pas assez d’arguments pour lui expliquer que c’est en auto-stop que je comptais traverser la majorité des pays….

    Au café du matin, son air furieux fait place à un tendre sourire et à une profonde inquiétude.

    -«  Tu n’as que 20 ans et un tas de billets d’avions et même trois visas sur ton passeport ! J’ai bien compris que tu traverseras ces pays en stop et que tu acceptes ce risque, mais il reste un point noir : comment feras-tu du stop entre Auckland en Nouvelle Zélande et Sydney en Australie ? »

    Je connaissais ce problème certes mais j’ai pensé trouver une solution miracle à Wellington, Auckland ou même à  Dunedin dans la lointaine Nouvelle Zélande !

    Et à mon père de continuer sur sa lancée d’une voie douce et protectrice :

    -«  Bois vite ton café, tu iras au 35 Rue Es-sadikia à Tunis, chez notre voisin M. Ferjani, patron d’une agence de voyages….qui t’attends avec une petite surprise »

    Effectivement, l’ami de mon père me reçoit avec des yeux écarquillés , tente à son tour de me dissuader à aller au bout du monde et finit par sortir deux enveloppes blanches de son tiroir. La première contenait un billet d’avion reliant Wellington à Sydney. La seconde contenait une chose que je déteste. Un paquet de cigarettes de couleur bleu.

    -«  Puis-je te demander Rached de remettre à Gaston Darmon, installé à Sydney, ce paquet de cigarettes tunisiennes, de la part de sa sœur…qui espère ainsi par ton intermédiaire revoir un jour Gaston ! »

    El là commence une incroyable aventure

    A suivre …

  • AU ROYAUME DU CONGO

                             
       UN TAXI POUR DIOSSO


    Pointe Noire. (Janvier 2001). Je n’ai plus 20 ans et déjà des cheveux blancs. Renouer avec sa jeunesse est pourtant en bout de piste, au cœur du voyage, en pleine épopée. La magie suprême du voyage après la découverte culturelle du pays est de pouvoir revivre ses 20 ans. Être dans un pays inconnu, armé de son sourire et de mille questions, c’est retrouver les ailes d’Icare pour brasser tout ce qui vient et embrasser le large horizon nouveau, riche en surprises souvent divines !


    Ce soir, au bord de la plage de Pointe Noire où se profilent d’inquiétantes et hirsutes ombres noires, je me vois chanter à tue-tête, tout comme il y a 30 jours à peine à Chisinau en Moldavie, par une glaciale nuit de décembre. Un étrange feu rougeâtre monte de la mer, celui d’un derrick qui extrait le précieux or noir congolais. Au diable les milliers d’armes à feu qui circulent encore dans ce pays qui sort à peine d’une longue guerre civile. Il n’est que minuit et la promenade continue…


    Les réceptionnistes de notre hôtel nous ont pourtant prévenu d’éviter de sortir à pied la nuit, mais la tentation de patauger comme des canards en milieu de chaussée, dans de profondes flaques d’eau fangeuse, est plus forte. Pas âme qui vive. Les restaurants sont déjà fermés et nous nous contentons d’un bar-restaurant au fond d’une ruelle isolée. Bordé de bananiers, d’hibiscus rouges et de cocotiers géants, le Rubens ouvre ses portes sur un autre siècle, un autre monde. Imaginez un établissement d’Afrique équatoriale fréquenté exclusivement par des Blancs, avec un orchestre et des serveurs Noirs. Une lumière tamisée, une musique entraînante et langoureuse couve les clients en fête. Une jeune Portugaise tout de rouge vêtue nous installe dans de confortables fauteuils bleus rayés de blanc.

    Tous ces Blancs représentent aussi bien Elf-Aquitaine, Schlumberger, Agip que d’autres consortiums américains et français. Le pays, « chasse gardée » de l’ancien colonisateur, réussit à les maintenir en place durant de nombreuses années. Mes nouveaux amis avouent y être en majorité depuis plus de 10 ans. C’est que le jeu en vaut la chandelle.

    Nous sommes dans un Congo qui produit non seulement 12 millions de tonnes de pétrole offshore par an (5e après l’Algérie, la Libye, le Nigeria et le Gabon ) mais également du gaz naturel, du bois, du cuivre, de l’uranium, des diamants et de l’or.

    HÔTEL SANS EAU

    Se réveiller sans eau courante dans le seul hôtel 5* du pays est plutôt surprenant.

    Point de douche, ni de café ! À la guerre comme à la guerre, avec un tube dentifrice et une brosse à dent en poche, nous quittons notre hôtel M’bou-Mvoumvou pour aller vers un sympathique café parisien. Elle est blonde de tête et ébène de peau. Mireille née en Afrique Centrale, de père français et de mère Banguissoise est fière de sa tignasse colorée et défrisée. Gérante du café, elle accueille avec un large sourire trois jeunes Français de 60 ans qu’elle place autour d’une table centrale. Son cappuccino est hélas froid et ses croissants viennent de la boulangerie voisine.

    Les caprices du hasard qui guident le voyageur encore endormi le poussent à chercher cette pâtisserie sans trop savoir pourquoi. Le cours du voyage changera à cette minute même.

    Une luxueuse pâtisserie arbore sur son entrée 8 lettres magiques : « Phenicia ». La sœur de Carthage, Tyr la Phénicienne libanaise, tissera rapidement une solide amitié entre les enfants de ces deux villes historiques. Ce lieu où nous avons dégusté les plus délicieux gâteaux et croissants du continent, après Cap Town, deviendra notre Q.G. ou Quartier Général. C’est ici que l’on rencontrera les marchands d’œuvres d’art dont l’un s’improvisera guide pour Diosso. Le voyage s’annonce compliqué à plus d’un titre. Il nous faudrait trouver un taxi qui accepte de quitter Pointe Noire, qui ait plus de 10 litres d’essence dans son réservoir pour nous conduire au village de Diosso, à une heure de route à peine, pour aller ensuite affronter la route chaotique qui mène au Roi du Congo.

    Joseph notre jeune guide nous abandonne au bout d’une heure de marche dans une station service où une plèbe en attente fulmine de rage. Mal rasé, filiforme, vêtu d’une simple chemise qui fut un jour blanche, notre pompiste en faction hurle en tous sens puis jette avec force et fracas un gros bidon jaune de 20 litres. Esseulé et taciturne le bidon vide se retrouve en bout de queue. Soudain jaillit de nulle part une belle silhouette noire tout de noir vêtue, cachée derrière de grosses lunettes Ray-Ban. Son parfum laisse un doux sillage et son verbe châtié ose à peine apostropher le fougueux pompiste qui vient de jeter son précieux bidon jaune. Je ne sais ni comment ni pourquoi je suis pris pour « l’époux de la dame esseulée » qui doit de suite réparer une injustice et redonner au bidon la place qui lui revient. En tête de queue. La foule bruyante et jacassante se tait comme par miracle. Un cercle se forme autour du malheureux couple désabusé qui n’aura peut-être pas de carburant ce soir, dans un pays qui produit pourtant près de 12 millions de tonnes de pétrole par an. La foule dont les mouvements sont souvent mystérieux me disait un chef d’Ētat mexicain il y a plus de 20 ans, se transforme ce midi, en protecteur du malheureux couple jeté aux orties et aux oubliettes de l’histoire.

    Le bidon plein comme par magie est embarqué à bord d’une 4x4 noire rutilante. Evelyne accepte courtoisement de nous déposer au marché de Pointe Noire d’où partent les taxis pour Diosso. Plus d’une heure de route, pataugeant dans une terre glaise où les nids-de-poule se veulent des nids d’éléphants, au niveau de l’équateur, La pluie ne cesse de nous arroser au rythme des 12 mètres d’eau/m2 qui tombent par an au Congo. Avec la ferme promesse de se revoir le « jeune couple » qui ne le fut jamais se sépare avec une certaine mélancolie.

    À la recherche d’un taxi

    Avec R.B. mon compagnon de route nous sommes transformés en épouvantails trempés et flottants. Ni bus, ni car, ni taxi pour Diosso. Deux heures interminables où l’image de la jeune dame en Ray-Ban devient un mirage ou une simple illusion. Drue, tenace et pénétrante la pluie nous fouette à souhait. Une douce température de 25°C nous rend cette « baignade sur route » presque sympathique et la gadoue presque agréable. Ce n’est pas un bain de thalassothérapie aux algues marines mais une véritable « marée noire » qui inonde un semblant de chaussée. Sous cette pluie diluvienne, le souvenir de mon 165e pays visité sera marqué d’une croix blanche.

    Soudain apparaît comme par miracle un taxi bleu. Une Renault vieille de 30 ans nous accueille à son bord. Les sièges sont défoncés et les deux vitres avant sont absentes. Le plus curieux est le pare-brise. Imaginez le Français Douillet, champion du monde de Judo, donnant un coup de poing en plein pare-brise côté passager et que son poing ne casse point le verre mais le déforme en une bosse concave de 25 centimètres de diamètre. Le verre fendu mais non brisé est entouré d’une auréole semblable à un halo d’une lune de 40 cm de large. Bonjour le spectacle ! Seconde surprise, Daoud le conducteur tchadien refuse de partir avec moins de six passagers. Mais comment vont-ils s’incruster dans ce taxi ? Il est vrai que l’arbre à palabres est bien né en Afrique et que nous serons obligatoirement six passagers à bord. Une jeune passagère se retrouve sur les genoux hospitaliers de mon ami…sur la banquette arrière.

    Au bout d’une heure de route qui en semblait dix, après avoir subi moult tangages et roulis, le chauffeur décide d’embarquer dans son coffre arrière, déjà plein, un sac de sucre de 50 kg .

    À la seconde ou nous commencions à penser quitter ce taxi vraiment dangereux surgit une tête noire et crépue à travers notre fenêtre ouverte. Il s’exclame à ma vue : " mais vous êtes le mari de la femme au bidon d’essence jaune ? » La suite est rapide. Moussa, notre nouvel ami croisé le matin même au kiosque à essence de Pointe Noire, sera notre nouveau guide. Il prendra le temps de manger son riz à la main, en boulettes grasses, dans son hangar commercial où s’amoncellent une centaine de sacs de ciment indonésien. Encore une heure de brousse africaine pour arriver au village de Diosso.

    Le maire est absent et aucun 4x4 n’est disponible. Comment parcourir les 2 kilomètres restant, sur un chemin qui n’est qu’une profonde entaille dans la jungle ? L’eau ne cesse de nous envahir et nos idées se noient dans la torpeur.

    Dire que le Roi du Congo est là, juste après ces fabuleuses gorges rougeâtres, ce cirque qui rappelle celui de Cilaos à l’Ile de La Réunion et que nous sommes plantés ici ? À la Paix comme à la Paix, Moussa accepte, la mort dans l’âme, de lancer sa Toyota bleue, dans le dernier circuit des 24 heures de Diosso !

    Après 30 minutes de « navigation » une insolite barrière de bambou jaune marque le début du royaume. Magique, simple et incroyable. Une banale banderole en tissu annonce en lettres rouges « ROYAUME DE LOANGO ». Oui, au cœur de la République le royaume du Congo est toujours là. Après de longues palabres avec les préposés et les sujets de sa majesté nous n’avons réussi qu’à obtenir un rendez-vous pour le lendemain matin.

    Le chemin de retour sera silencieux et rêveur sur les traces indélébiles de l’histoire du Congo. Long de 4 700 kilomètres, le fleuve Congo né au Katanga se jette dans l’Atlantique et donne son nom à deux pays : le Congo Kinshasa dit belge ou République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) affectueusement appelé aujourd’hui Congo-Kabila et le Congo Brazzaville dit français où nous sommes maintenant. En 1875, le Français Savorgnan de Brazza explore la région qui sera ensuite intégrée en 1910, comme colonie dans l’A.O.F. ou Afrique Equatoriale Française. À la fin de la 2e Guerre mondiale en 1944, le Général de Gaule jetta ici, à Brazzaville la capitale, les bases de l’Union française. Deux ans plus tard le Congo deviendra un TOM (Territoire d’outre mer) comme l’actuelle Polynésie française par exemple, jusqu’en 1956. Pendant douze ans le pays sera mené par l’abbé Fulbert Youlou jusqu’à l’avènement de la République et celui de l’autonomie en 1958 et enfin l’indépendance totale en 1960.

    La République sera houleuse. Massamba le socialiste succède à Youlou et Marien Ngouabi qui penche vers la Chine sera assassiné en 1977. Une longue lutte fratricide entre les leaders Lissouba et Sassou-Nguesso déchire le pays. Sassou-Nguesso hérite finalement en 1997 d’un Congo dévasté, ruiné et endetté. Cette semaine de janvier 2001, il reçoit à Brazzaville le patronat français, le MEDEF, et David Kaefer, Ambassadeur des USA, ses deux bailleurs de fonds et commanditaires de ses richesses minières !

    ROYAUME de LOANGO

    24 heures plus tard et d’une façon plus aisée, nous sommes de nouveau au royaume de Loango sous un soleil éclatant. Un ensemble de cases en bambou recouvertes de tuiles rutilantes forme toute la demeure du roi. Son véritable château étant en réparation, ce sont ces cases de fortune qui accueillent la cour et les dix sages du pays représentant les dignitaires des dix principales régions du Congo ! Son prédécesseur fut destitué il y a 25 ans et l’actuel roi Malonga ne fut intronisé par son peuple que le 4 novembre 2000. Nous sommes dans le monde des Téké, du Loango et des pygmées de la forêt équatoriale.

    Un interminable défilé, ponctué de protocole, rites, us et coutumes laisse très peu de temps à notre rencontre. Une plongée dans un autre millénaire que cette journée chez le roi du Congo.

    Parmi des centaines d’images restera celle d’une petite case centrale avec un trône couvert d’une peau de léopard, un tapis persan, trois plumes blanches, un arc ancestral, un curieux ventilateur au silence oublié et ce colifichet en ivoire que je porte autour du cou, en souvenir du roi. Du haut de ses soixante-dix ans sa majesté nous explique la royauté : « Chez nous, contrairement à la couronne britannique ou espagnole ce n’est pas mon fils qui sera mon successeur et je ne suis pas le fils du roi défunt. L’héritage de la couronne se fait par les neveux. Ainsi seul le fils de la sœur peut y prétendre et non le fils du frère qui tombera dans l’oubli comme le fils du propre Roi. La raison est fort simple. L’Africaine fort désirable et le mari fort volage ne peuvent garantir un parfait sang bleu. La sœur du roi est par définition pur sang bleu. Son fils ne peut-être que du même sang royal. Reste la démocratie qui sera souveraine si la sœur en question a plusieurs fils. Il y aura alors un vote, un choix ou une élection entre les neveux prétendants à la couronne royale. La carte de la sécurité est la seule en jeu ». La sagesse africaine ou la logique sans faille !

    DÎNER AU CLAIR DE LUNE

    C’est notre dernier soir à Pointe Noire et notre soirée s’annonce insolite. Retour vers la plage, au club privé des pétroliers qui nous accueille sur présentation d’une carte diplomatique. En quelques secondes, la profonde Afrique noire fait place au luxe et au lucre des Seychelles et de l ‘île Maurice. La mer se mû en lagon, la lune se pare de tous ses feux et le sable cristallin qui nous sépare de l’océan atlantique est une véritable invite au voyage. Le premier restaurant se veut fastueux et croule sous une dense végétation équatoriale qui l’enferme sur trois côtés. Le second a l’avantage d’être pratiquement en bord de mer, vêtu des seuls feux de la lune et bercé par la douce mélodie d’un orchestre créole. D’immenses cocotiers s’élancent courbés vers les nuages, en quête d’une obole divine. Là, tout au bord de l’eau surgissent soudain des dizaines peut-être des centaines de crabes blancs qui gigotent en tout sens. Je retrouve l’ambiance de mon île de Grenade aux larges des Antilles avec un zeste de Pralin, aux Seychelles, et la fragrance des Villas du paradis à l’île Maurice. Tout n’est qu’ordre, beauté et volupté disait notre ami Baudelaire. Deux heures de quiétude et de bonheur à voir défiler un festival de poissons, de crustacés et de fruits de mer, le tout arrosé d’un bon vin blanc d’Afrique du Sud.

    Heureux pétroliers étrangers qui vivent au Congo. Leurs maisons sont des villas de maîtres, leurs restaurants des trois fourchettes et leurs escapades dans la forêt vierge conjuguent la passion et l’éternel recommencement. Un jour, peut-être, les autochtones congolais pourront profiter eux aussi de leur pays, raffiner leur pétrole, extraire leurs minerais précieux et partager plus équitablement leurs innombrables richesses. Reste encore le fait de le décider et surtout de le faire. Amen !

    Brusquement le décor s’entoure de mystère. Un léger nuage gris voile la pleine lune. Nous sommes les derniers clients du restaurant.

    Soudain, mon verre pourtant vide est noyé d’eau. Une balle blanche, semblable à une balle de golf monte et remonte allégrement dans ma coupe de cristal. Silence. Inquiétude. Mais voilà que la balle s’envole, prend du volume et commence à faire le tour de notre table en rasant ses bords. Lentement au départ et puis de plus en plus vite. Elle prend la forme d’une lune et cet astre naissant nous subjugue et nous envoûte ! La balle n’est pas une balle, la lune n’est pas une lune. Elle s’arrête, reprend son élan, tourne encore autour de nos têtes éberluées et redevient le satellite géostationnaire de notre bonne vieille terre, une belle lune de janvier qui rend le voyageur dubitatif et heureux!

    L’imagination débordante galopant à brides abattues nous fait souvent don de quelques minutes de grâce. Ces instants de « lune qui danse » et ces moments de délectation face à l’Atlantique forment le secret du bonheur. Dans une vie qui s’évade à vive allure, ces brefs instants sont les seuls moments où la vie acquiert encore plus de sens. Des instants de qualité.

    De cette plage de Pointe Noire, une hirondelle au dos d’ébène et au ventre de lait, trisse et gazouille porteuse d’un salut nocturne au roi du Congo.

                                          15.01.2001 © Rached Trimèche

  • LA MACEDOINE (Suite et fin)

    C'est au bord du si romantique lac Ohrid que le savant Cyrille a ...

     

    A Ohrid, tout est petit, vieux et "suspendu". Dans les étroites ruelles, les maisons, pour voler un peu plus de soleil, ont souvent un premier étage qui déborde de 70 cm, donnant ainsi plus de clarté et plus d'espace au logis.

    Le lac, aux eaux cristallines provenant de sources souterraines limpides, est un véritable thermostat pour la ville d'Ohrid, lui procurant un climat tempéré. Ce n'est pas un hasard si Ohrid fait partie des 469 merveilles présentées par Astrolabe-Plus-1997!

    C'est au bord du si romantique lac Ohrid que le savant Cyrille, aidé par son frère Méthode, crée au IXe s., à partir des majuscules de l'alphabet grec, l'alphabet cyrillique, qui déjoue ainsi l'hégémonie de l'Empire byzantin et romain.

    A ce jour, seules 18 majuscules grecques sont passées telles quelles dans l'alphabet russe, en plus du "Phi", adopté comme un "F". Les 17 autres caractères sont d'anciennes lettres glagolitiques plus ou moins déformées.

    Au XVIIIe s., Pierre le Grand imposa une réforme de l'alphabet cyrillique le distinguant ainsi de celui de l'église.

    Si Cyrille a adopté les majuscules de l'alphabet grec, c'est qu'un alphabet plus ancien, dit glagolitique (du vieux slavon "glagol", qui signifie verbe) avait été créé pour certains dialectes slaves avec, cette fois, les minuscules de l'alphabet grec. A cette époque, les rois de France prêtaient serment à Reims sur un Évangile en caractères glagolitiques, l'Évangile de Saint-Jérôme.

    L'alphabet cyrillique est aujourd'hui utilisé par tout le peuple slave et par celui de l'ancien empire soviétique, soit par près de 360 millions de personnes.

    Le russe, l'ukrainien, le bulgare et le serbe, par exemple, s'écrivent en caractères cyrilliques.
    Saint-Cyrille, dit le philosophe de Thessalonique, fut au départ un simple prêtre grec. Il fut chargé avec son frère Méthode d'évangéliser les pays slaves et, en particulier, la Moravie, soit la région centrale de l'ancienne Tchécoslovaquie.

    Au IXe s., cette Moravie christianisée par Méthode et Cyrille, formera le noyau d'un grand royaume, où l'aspect orthodoxe du christianisme prendra toute son ampleur. C'est ainsi que les églises chrétiennes d'Orient n'admettent plus l'autorité pontificale de Rome dont elles se séparent en 1054.

    D'aucuns diront aujourd'hui que c'est finalement Saint-Clément, l'élève émérite de Cyrille et Méthode, qui créa, à la mort de ses maîtres, la première université cyrillique avec 3000 étudiants.

    Ces 3000 érudits ne sont-ils pas la source même de la propagation de l'Orthodoxie transcrite en cyrillique, et donc de cette grande expansion de l'Orthodoxie au détriment d'un Catholicisme pur et dur?

    Quant aux voisins Bulgares il rappellent que le 24 mai est fêté chaque année pour marquer la naissance du Cyrillique. L'Etat bulgare fondé en 681 par des Slaves et des Protobulgares est une fusion d'ethnies. Il est vrai aussi que Cyrille et Methode sont passés par cette Bulgarie du roi érudit Siméon.

    365 églises et monastères sont la plus précieuse richesse historique de cette ville d'Ohrid. Dans une de ces églises, du XIVe s., tous les sacres et sacrements se font dans un espace de 40m2 à peine. Des gravures sur bois ornant les murs donnent à l'église Santa-Maria tout le secret de l'ardente ferveur des Orthodoxes.

    Plus loin, en escaladant une pente raide, au risque de glisser sur des pavés émoussés par les ans, nous arrivons essoufflés au parvis de la célèbre église Saint-Clément, aux couleurs chatoyantes rappelant celles de Venise. Le silence donne encore plus de grandeur à l'Histoire. Les vieilles dalles de la rue évoquent les pas des Saints et des érudits disparus. L'atmosphère est biblique, baignée par cette paix profonde et mystérieuse que je devais ressentir trois mois plus tard à Jérusalem (Al Qods), où le même Mont des Oliviers a vu naître trois religions monothéistes, dans un environnement presque irréel, serein et inondé de grâce divine.

    L'enceinte Grand Empire de cette célèbre église date du XIIIe s. Trois vastes salles et des chapelles attenantes verront un siècle plus tard s'élever une protection extérieure freinant toute convoitise.

    Les couleurs vives des fresques de cette église sont aussi frappantes que celles que j'ai découvertes quelques années auparavant, aux vieux temples de Louxor en Égypte.

    Notre ancêtre Ramidus, qui enfanta un million d'années plus tard Lucie, mère des Homo faber et des Homo sapiens, a donné à sa progéniture un même patrimoine génétique. La roue fut inventée plusieurs fois et les mystères de la technique connurent la même "solution", aussi bien chez les Mayas du Mexique que chez les Pharaons d'Égypte en passant par l'Europe, l'Afrique et l'Océanie.

    Face à l'église Saint-Clément, nous découvrons un sublime micro-musée d'icônes merveilleuses et glorieuses. L'art byzantin est ici à son apogée. Ohrid est par son musée le centre byzantin mondial, la Jérusalem des Balkans, avec un stock de mille icônes qui ont nécessité en moyenne huit ans de travail par unité.

    C'est le style de la pré-Renaissance qui se reflète dans toutes ces icônes de Macédoine, devançant ainsi la catholique Italie, terre pontificale vieille de 2000 ans.

    Cette icône à double face de 70 à 80 cm représente le majestueux portrait de Saint-Clément, élève de Cyrille et Méthode, et fait face à une icône tout aussi célèbre de 1862 représentant l'Oeil de Dieu.

    Dénichez un simple billet vert d'un Dollar US et vous découvrirez à son recto, dans le cercle gauche et en haut d'une pyramide, cette même icône: l'Oeil de Dieu d'Ohrid. Et le Voyage ne fait que commencer...

    Rached Trimèche (1996)

     

  • LA MACEDOINE (4)

                             AU PAYS D'ALEXANDRE LE GRAND

    La Macédoine, qui fut un des premiers empires du monde avec le règne d'Alexandre le Grand, connaît aujourd'hui un appauvrissement certain. L'année 96 affronte un "champ de ruines" qui impose la reconstruction du pays. Ce pays type des Balkans a une population diverse de Macédoniens slaves, Albanais (24%), Serbes, Croates, Grecs et autres étrangers tout aussi désargentés.

    Géographiquement, la Macédoine était trois fois plus étendue que l'actuelle République. Elle couvrait en outre le sud de la Bulgarie et le nord de la Grèce, et sa capitale était Thessalonique, l'actuelle Salonique de Grèce.

    L'histoire récente de la Macédoine est fort simple. Les Grecs, les Serbes, les Albanais et les Bulgares briguent l'annexion du pays. Le référendum sur la souveraineté de Septembre 1991 aboutit à l'envoi de casques bleus onusiens une année plus tard, avec enfin l'admission de la Macédoine à l'ONU en Avril 1993 sous le nom d'ex-République yougoslave de Macédoine ou Fyrom (Former Yougoslav Republic of Macedonia).

    Une protestation de 2 millions de Grecs à Salonique refuse à la Macédoine le nom qu'elle veut porter. L'époque de Papandréou est hostile à la nouvelle République. La Macédoine reste pour les Grecs et leurs voisins fidèles uniquement cette terre qui s'étale entre la Grèce, la Serbie et la Bulgarie.


    Dans la foulée, la monnaie nouvelle passe de 100 anciens Dinars à un seul Denar. Un an plus tard, en Février 1994, la Grèce voisine, considérant que la Macédoine usurpe un nom "historiquement" grec, décrète un blocus commercial. Elle est aussitôt suivie par tous les voisins, condamnant la Macédoine à une véritable crise économique.


    La Macédoine, que d'aucuns veulent voir disparaître, compte pourtant d'illustres enfants, dont deux au moins sont célébrissimes:

    Alexandre le Grand, fils de Philippe II et d'Olympias

    est né en l'an 356 av.JC. Il est roi de Macédoine à l'âge de vingt ans et maître de la Grèce un an après. Il ira plus tard à la conquête de la Perse, de la Syrie et de l'Égypte, où il fondera Alexandrie.

    Son aventure voyageuse le mènera même jusqu'aux confins de l'Inde.

    Mort à Babylone en 323 av.JC, il voit son empire se disloquer et ses généraux (Antigone, Séleucos Ier et Ptolomée Ier) se partager cet empire et créer la civilisation grecque d'Orient (hellénistique) qui durera dix siècles, avec, au centre de la Macédoine, la dynastie des Antigonides.

    Le second personnage est contemporain. Agnès Gonxha Bajaxhiu, plus connue sous le nom de Mère Teresa, naquit à Skopje le 26 Août 1910. Albanaise de Yougoslavie d'origine, de parents allemands, elle entra chez les sœurs de Loreto et fonda en 1950 à Calcutta, en Inde, l'organisation des "Missionnaires de la Charité". Ce prix Nobel de la paix 1979 a assisté près de six millions de personnes à travers 102 pays, avec l'aide de 80 000 bénévoles.

    ÉCONOMIE

    Avec un PNB de 750$ par tête et par an, soit le quart de celui de la Pologne, ou le tiers de celui de la Tunisie, la Macédoine est classée 159 ème sur 244 pays.

    La spécialité agricole est le tabac avec une production de 22 000 tonnes par an, ainsi que le vin. Le blé occupe 20% des terres arables, aux côtés de l'orge et du maïs. Sans accès à la mer, la Macédoine se contente d'une pêche en eau douce dans ses lacs. D'autre part, la Macédoine possède d'importantes mines de charbon, de fer et de cuivre.


    Entourée de redoutables adversaires économiques, la Macédoine est au bord de l'asphyxie

    La notion de rentabilité est obsolète, 60% de la production nationale, étant encore sous l'emprise de l'État. Ce dernier continue à gérer une masse importante de fonctionnaires coûteux et non utiles qui ne peuvent que fragiliser l'infrastructure du pays. La machine étatique essaie de refouler la boulimie grecque et la protection exagérée de la très pauvre minorité albanaise.


    Devant cette quadrature du cercle, les solutions sont évidentes et simples. Faire comprendre aux quatre voisins qu'ils ont intérêt à commercer avec les Macédoniens. Commencer par amadouer la voisine du nord, la Serbie, avec qui la frontière est presque ouverte pour une sorte de marché commun qui sera automatiquement suivi par un assouplissement de la mythique frontière grecque. La dite Serbie (appelée Yougoslavie) est en fait un ensemble de trois entités: la Serbie, le Kosovo (Albanais) et le Monténégro.


    La seconde solution est complémentaire. C'est une ouverture au monde par la voie la plus riche de Macédoine: le tourisme. Visiter le lac d'Ohrid sur les traces de Cyrille et de Méthode, créateurs de l'alphabet cyrillique, utilisé aujourd'hui par près de 350 millions de personnes, et humer l'air qui a caressé les pas victorieux d'Alexandre le Grand et rythmé le voyage de Mère Teresa est un must touristique qui n'échappera pas au voyageur.

    L'asphyxie économique trouverait un poumon nouveau à travers les alvéoles de la Turquie et de l'Italie. Un accord conclu avec ces deux pays permettrait le désenclavement de la Macédoine par l'équipement d'un axe routier et ferroviaire moderne partant du port albanais de Dürrez, au bord de l'Adriatique, à quelques encablures de l'Italie, et allant à Skopje puis à Sofia la Bulgare, et enfin à Istanbul en Turquie, l'ancienne Constantinople, ou la plus ancienne encore Byzance.

    Préservons nos forces et notre souffle pour attaquer demain un des plus beaux et riches (d'histoire) sites du monde, Ohrid.

    Nous voici enfin arrivés à la belle page d'histoire d'Ohrid et à sa découverte tout en vous souhaitant d'aller visiter un jour ce merveilleux coin de notre planète.

    Une charmante petite ville, Ohrid, aux mailles de soie, d'histoire, de culture et d'Orthodoxie nous accueille ce soir après une journée passée à sillonner les routes, venant de Skopje par le chemin des écoliers. Le lac d'Ohrid, perché à 690 mètres, est le joyau de cette couronne donnant une aura sans pareille à cette petite ville du bout du monde.

    Une autre Macédoine nous attend avec, comme au bord du lac Léman par exemple, des familles qui viennent respirer la vie à plein poumons et s'initier à la pêche ou à la planche à voile. Nous tombons sur un grand jour de fête. Notre hôte, gynécologue et ancien Ministre de la santé de cette jeune République, sera notre guide émérite qui commence par nous emmener au centre ville pour assister au quai principal à l'arrivée de la régate. Un sportif mexicain et un athlétique italien seront en tête de course suivis par une centaine d'heureux participants venus de 23 pays. Les microphones et les haut-parleurs stimulent la foule qui danse et rit, avalant bière sur bière et saucissons chauds.

    Demain (Rendez-vous avec les frères CYRILLE & METHODE)