08.10.2011

La garde du siècle :-)

 Les chevaliers du 15 janvier

 14 janvier 2011. Le monde bascule ! Ben Ali est parti. Un vide abyssal avale une foule de 10 millions de Tunisiens ébahis. En fête et encore abasourdis !

Samedi 15 janvier 2011. La nuit noire fut blanche. Facebook eu tous ses adeptes online et en même temps et le couvre feu impose déjà les premiers barrages de quartiers. Naissance d’une Nation ! pharmacie,garde,15 janvier,tunisie,révolution,peur,inquiétude,espoirs

Il est déjà 9h00 et j’ai honte d’être encore à la maison en sachant que des milliers de personnes sont en quête d’aspirine, d’insuline ou de simple lait pédiatrique ! Toutes les pharmacies sont fermées depuis plus de 24 heures !

9h25. je soulève le rideau métallique de mon officine, allume notre caducée et me crois soudain comme devant l’Ambassade de France…. A 7h du matin…envahie par une foule hirsute qui cherche un autre Lampedusa, par la quête d’un visa.

9h26. La salle est pleine à craquer. Ils sont dix, vingt et déjà trente. Tout mon personnel est absent certes et je dois faire face à cette foule aux yeux rouges et au verbe haut. Je mets ma blouse blanche endosse mon sourire de voyageur et arrête les ventes au 3e patient. Une vitrine est déjà cassée et dix couches viennent d’être volées…et plus de 30 personnes crient dehors pour rentrer !

Que faire ?

Je suis choisi les 3 types les plus balafrés, voyous et costauds pour en faire des alliés et les nommer Chevaliers du 15 janvier, tout en mettant la radio RTCI en marche et nos ordinateurs en fonction. La foule se fige.

9h30. Plus de 150 à 200 personnes devant notre officine de Ben Arous. Ni police, ni armée mais une foule excitée qui a des besoins urgents en médicaments.

Le 1er Chevallier sera chef de salle, le Second chef de l’Aile droite extérieure et le 3e chef de l’aile gauche extérieure. En 30 secondes ces braves gaillards prennent les choses en main ! « echaab Yourid ennidham » (le peuple veut l’ordre) et tout change. Le 1er Chevallier déplace au milieu de la salle une grande banquette beige à trois places pour créer un sens giratoire des patients. On rentre à droite et on fait le tour. Du coup la salle est plus vaste.

Dehors les deux autres chevaliers imposent une file de chaque coté de la porte d’entrée et ne font entrer un client que quand un autre sort !

Commence un immense bonheur, une si belle communion…. J’ai décidé d’en rire et de faire rire. Plus aucune tension nerveuse et mes petits conseils soulageaient plus d’un. Rien ne presse, je donne le temps au temps pour écouter Mémé, Pépé et la gamine en robe blanche et aux cheveux ébouriffés, pour expliquer telle posologie et pour refuser net ces « maudits cocktails » ou encore ces affreux anxiolytiques sans ordonnance. La foule coopère, la foule est aux anges et tout le monde rit et a envie d’aider ce pauvre apothicaire qui ne sait ou donner de la tête car seul il ne peut remplacer tout son personnel, si nombreux…

Un vase se casse avec ma plante bambou chérie. Ah ! La plante est intacte et l’enfant auteur du casse n’est pas blessé : Kein probleme !

Vers 13h plus une insuline, plus une boite de lait et plus un Efferalgan ou Doliprane. Je ne peux plus honorer aucune ordonnance et m’évertue pendant 10 longues minutes à expliquer à cette dame que dans cette foule il était impossible de traiter son dossier Cnam (el Hém) ou assurance maladie !

A 13h15 les 3 chevaliers se donnent le mot d’ordre pour partir en même temps et je reste seul face à certains « petits voyous » qui voulaient profiter d’une officine ouverte pour…passer à la caisse…mais de l’autre côté.

13h30. L’heure fatale. Je baisse les rideaux, remercie nos derniers patients et passe me rincer le visage à l’eau claire et froide…. Pour réaliser la chose.

J’apprendrai plus tard que dans toute la Tunisie seuls 3 officines ont travaillé ce samedi matin et que bien sûr les pharmacies de nuit sont fermées sous couvre feu. La majorité avait certes peur de se faire voler, harceler ou tabasser… Mais avoir l’honneur d’être au service de la santé, juste avec son sourire et quatre petites bricoles seront ma grande satisfaction de l’année.

Durant des mois et des mois j’ai eu la gratitude de mes clients qui narraient sans cesse « cette bonne ambiance » dans un pays en feu !

Aujourd’hui, à deux  semaines de nos premières élections démocratiques et libres je pleure d’une autre émotion ! Où est passée cette foule glorieuse et fière du 14 janvier, de Kasbah 1 et de Kasbah 2 et des bénévoles de Ras Jdir, que j’ai eu l’honneur de côtoyer sur le pavé et dans le désert en partageant un crouton de pain ?

A quand la fin de la gabegie, du bordel ambiant et de l’indiscipline actuelle pour revenir à cette belle Tunisie de nos vieux aïeux de quelques millénaires et de notre profonde civilisation ?

Haro sur les imberbes aux longues barbes et  aux affairistes de la dernières heure, la Tunisie a besoin d’une rapide union entre modernistes, libéraux et démocrates pour se mettre enfin au travail et montrer au monde que la Noble Révolution tunisienne est belle et bien la mère du Printemps arabe !

Nous n’avons aucun choix que d’avancer. Vers le Travail, l’ordre, la discipline et la quiétude et dire à l’instar d’un grand voyageur du temps passé Tarek Ibnou Ziéd, aux portes de l’Espagne, face au Rocher qui portera son nom (Gibraltar) : « la mer est derrière nous et l’ennemi devant nous » !

 Allons, gagnons, avançons avec éthique et ardeur  et montrons au monde et à nos enfants que la petite Tunisie vaut bien une messe et qu’elle sera bientôt un petit Eldorado de la Méditerranée.

 

17.11.2008

Webmanagercenter au CIGV?

 

Merci

généreuse Amel Djait Belkaid :)

http://www.webmanagercenter.com.tn/management/article.php?xtor=ES-6116&id=55974#recommander

13.06.2007

Les Folies Bergères (6)

  BORA BORA ENFIN ? 

 

 En juin 2004, mon si dynamique et aimable gérant-pharmacien décide de prendre sa retraite à 45 ans, après 20 ans de très bons et loyaux services !

  En décembre de la même année mon comptable me propose déjà de déposer le bilan…

 Ce n’est qu’en juin 2005, une année plus tard, que je découvre le pot aux roses ! Depuis le départ de Si Khaled, mes six préparatrices et ma nouvelle pharmacienne, sans doute malheureuses par leur chariot vide ou pas trop plein, à Carrefour, décidèrent d’un commun accord de « dévaliser mon officine ! » Tout le monde y passa, même Sofiane, mon petit coursier aimé, pour lequel je venais d’acheter un petit appartement-studio (F+1) à El Mourouj… en guise de gratitude pour son travail…

Le temps passe, le découvert bancaire est abyssal et les banques posent et apposent leurs vétos !

  Un téléphone anonyme réitéré d’une jeune dame du village finit au bout de deux jours de m’éclairer sur toutes les combines des filles, qui n’avaient plus un Si Khaled sur le dos ! Même la pharmacienne dont le mari est prescripteur, vendait ses échantillons et les troquait contre de la parapharmacie ! Bref c’était le désastre !

  Arriva enfin le début d’une preuve. LA faute. Police, enquêtes et insomnies. Le vol est dénoncé (sur une année) et le commissaire de police et les autorités d’inspections de travail sont mises au courant !

  Je ne déposerai aucune plainte. Tout le monde sera  simplement payé et remercié !

Je demande à ma conscience trois jours de réflexion pour savoir comment me débarrasser de cette officine et, enfin, aller vivre dans mon île de Bora Bora, à 20 heures d’avion de mon village, d’apothicaire  !

C’était sans compter sur la chaîne française de télévision TF1 !

Un soir, sur cette chaîne. Un homme nous tient en haleine. J’attrape l’émission en route. Je ne sais plus si c’est le patron parisien du Lido, du Crazy Horse, des Folies bergères  ou du Moulin rouge mais son récit m’a remis sur selle !

  Il voulait vendre sa boite après tant de décennies de succès ! Des problèmes fiscaux ont miné sa vie et il n’arrive pas à s’en sortir ! En première phase il ferme sa boite parisienne, pour un certain temps, et part à New York !

  Un soir, il ne peut s’empêcher d’aller visiter un cabaret. Le premier cabaret de New York ! Très vite il demande à bavarder avec le jeune propriétaire pour le féliciter ! Ce dernier fera tout pour lui expliquer que ce cabaret américain n’arrivait à la cheville du célèbre cabaret parisien qui malheureusement est fermé depuis six mois ! Le Français se dévoila enfin, se présenta et l’Américain commanda une nouvelle bouteille de champagne bien français !

  Leur rencontre durera jusqu’à l’aube ! Jusqu’à la décision de reprendre le premier avion sur Paris et d’aller « sauver son cabaret »

  Face à mon téléviseur je me traite de lâche et fonds en larmes ! Seul !

  Pour des plumes du strass et des paillettes ce monsieur  redescend dans l’arène !

Pour le si noble médicament et mes milliers de patients je mets la clef sous la porte pour  partir à Bora Bora?

Non ! Trois fois non !

Le lendemain matin, je vends un petit appartement à El-Menzah qui réglera  ainsi toutes les dettes de la pharmacie… qui 365 jours plus tard retrouvera ses lustres, son aura et sa fidèle mission humaniste et sociale au service de mon petit village et de ma petite famille !

  Adieu Bora Bora !

 

(suite et fin : Les îles Salomon cette fois ?)

 

06.06.2007

Tentative hélvète (3)

 DESTIN LAUSANNOIS

 

Me voilà déjà à Lausanne, 24 heures après mon retour définitif en Tunisie !

Une nuit chez l’aimable logeuse (grincheuse) de mon père à Lausanne !

Armé d’une petite feuille avec un nom et une adresse (Professeur Girardet, Faculté de pharmacie, place du château) je sorti très tôt pour déambuler dans ces petites rues en toboggan ! Ici, le plat pays de Cologne fait place à une jolie ville en collines ou tout semble être peint, repeint, astiqué et nettoyé la veille !

Il est déjà 9h00 et ce Dieu curieux appelé Hasard, le dieu des voyageurs, me guide face à une belle officine : la pharmacie du Théâtre, face au théâtre de Lausanne ! Une force mystérieuse m’aspira dans cet antre !

Est-ce ma future profession ? La belle façade ? Le luxe du lieu ? Que sais-je encore ?

Là, un silence à couper au couteau sépare une dizaine de clients aux quatre préparatrices (ou nones) en blouse blanche ! Chacun son tour calmement !

Je regardais ce curieux manège et pensais à cet air aseptisé de ma nouvelle Suisse !

Quand soudain un regard vert langoureux me ramena vers mon lagon de Bora Bora au large de Tahiti ! Elle avait déjà 30 ans et portait le blanc avec aisance et coquetterie ! Son chapeau beige accentuait son aura et attisait ma curiosité ! Futur petit étudiant (peut-être) à Lausanne je n’avais pas l’ombre de la chance d’une chance avec cette dame au saphir rutilant !

LA providence débarque ! Le voyageur retrouve ses mots !

Personne n’arrive à comprendre cette majestueuse et élégante cliente qui ne parlait… qu’allemand !  

Sans trop réfléchir, je glisse derrière le comptoir et lui demande sans vergogne «  Wie kann ich Ihnen helfen Madame ? Ou, comment puis-je vous aider  Madame? »

La vente plus facile ! Elle avait besoin d’un produit cosmétique qu’elle me montra du doigt sur un rayon jaune ! Sans gène aucune, j’attrape le produit, le glisse dans un sachet vert au nom du Dr Jean Pierre Rhein et la conduit courtoisement à la caisse, en la remerciant !

Les quatre vendeuses ou préparatrices sont médusées et appellent délicatement de l’aide !

Un intrus est dans la boite !

Lunette d’écailles vissées au nez, petite moustache et œil sévère, l’Apothicaire me foudroie du regard et comprend toute la situation en une fraction de seconde ! La cliente sortie il me somme de le suivre dans son antre de bureau !

-         Vous faites quoi en Suisse vous, pour servir si vite une cliente dans un lieu qui est étranger?

-         Voyez vous Monsieur, j’ai simplement voulu me rendre utile et traduire le souhait de la cliente à votre personnel !

-         Aha ! Aha ! Ok ! Et vous faites quoi en Suisse ?

-         Euh… à vraie dire nous sommes peut-être un peu collègues !

-         Dans ce cas on dit confrère mon petit !

Son regard change, sa méfiance s’émousse et il commence à prendre l’intrus en sympathie !

-         Et vous êtes déjà en quatrième, cinquième année ou en déjà au final ?

-         A vrai dire Monsieur, je suis à Lausanne depuis hier soir, je loge à l’autre bout de la rue et je vais chez le Dr Girardet pour m’inscrire en pharmacie !

Il voit rouge ! Il devient bleu ! Il crie et hurle : comment ! Vous n’êtes même pas étudiant en pharmacie et vous entrez chez moi comme dans un moulin et vous allez même jusqu’à vendre un produit à une cliente !!!

Je ne savais plus comment boire ma honte ! Mais ! Mais ce monsieur me paraissait si attachant sous son air fougueux. Le voilà soudain qui décroche le téléphone et compose un numéro !

 Ce que je vais entendre changera mon destin. Encore une fois !

-         Professeur Girardet, tenez vous bien, j’ai ici, dans ma pharmacie, un jeune maigrichon de Tunisien, qui prétend venir s’inscrire chez vous ce matin !

-         Ah  bon…….. ! Oui, c’est ce qu’il me semblait. Les délais sont dépassés depuis deux mois et les cours comment déjà lundi !

-         Ah bon ! Vous n’avez aucun rendez-vous  avec ce jeune ?

-         Professeur, quelque chose me dit que vous devez le recevoir….

      Suit un long silence… le verdict du Directeur de l’Ecole de pharmacie Lausanne.

-         Oui, c’est d’accord il viendra de ma part avec une feuille officielle et mon cachet !

Dr Rhein me demande alors mon identité, rédige un petit mot avec un stylo à plume noire, le glisse dans une enveloppe blanche (qui me rappelle le vol SR242) et me la tend en me disant : « bonne chance petit ! Le directeur vous reçoit dans 30 minutes ! »

Grand, placide, sans expression aucune, d’un âge avancé et peu disert monsieur Girardet  me reçoit au 4 place du Château, dans son petit bureau couvert et recouvert de vieux livres !  

-Dites moi mon petit, comment avez-vous fais pour avoir l’appui et l’aval de mon ami le Dr Jean Pierre Rhein, Président du Conseil de l’Ordre des Pharmaciens du Canton de Vaud ?

Merci Bouddha ! C’est encore le destin et le « hasard-providence » qui me sauvèrent !

Ce n’est pas la peine de chercher le chas de l’aiguille ! Moins de 48 heures après mon retour définitif en Tunisie, je suis officiellement inscrit à la Faculté de pharmacie de Lausanne, avec le droit de rentrer trois jours à Tunis pour préparer ma valise de « départ-arrivée-départ ».

Ce que le destin a tracé est encore plus complexe !

Après son doctorat, va-t-il rentrer ou reprendre les routes du monde ?

Sept ans plus tard : quatre adultes jouent une dernière partie de belotte, à minuit, à Tunis…

(@suivre : un carré d’as qui change la trajectoire d’un voyageur au Pacifique Sud)