13.05.2008
Les garçons à l'île Rodrigues (6e et dernier)
Plongée au bout du monde
(Rodrigues. Mai 2008) . Notre seconde étape du périple est insulaire à nouveau. L’île lointaine de Rodrigues au cœur de l’Océan indien. Loin de tout. Un monde où l’homme a tout saccagé à son arrivée il y a 350 ans à peine sur une île déserte. Tortues géantes, Solitaire ou Dodo, bois précieux et autres animaux et plantes uniques.

Portugais, Français et Anglais au long cours se s’en donnés à cœur joie, dans ce paradis du bout du monde. Depuis, tout cela s’est calmé et les 37 500 habitants du pays ont décidé en toute démocratie de protéger leur littoral, leur faune et leur flore. La modernité et modernisme de l’île Maurice sont ici inconnus et tout est super protégé : fleurs, faune et coraux. On y reviendra dans un grand reportage !
Ce matin, Zi mon fils est fébrile et serein à la fois. It’s the big day : son baptême de plongée en bouteille. Caramba !

Notre embarcation prend le large poussé par deux moteurs japonais furieux ! Il faut rejoindre la passe au loin, là où commence la fente abyssale de 60 mètres et où le requin marteau et les raies géantes seraient visibles.
Le moniteur calme et détendu explique toute la technique de la plongée à Zi. Aussitôt dit aussitôt fait que voilà nos deux plongeurs déguisés en marsouins noirs dans une belle combinaison de plongée avec une lourde bouteille sur le dos et des masques bleus.
Tout va très vite. Ils basculent dos dans l’eau et apparaissent enfin …les premières bulles d’oxygène des plongeurs invétérés.
Au bout de 30 minutes qui me paraissent durer un siècle je n’arrive plus à distinguer les bulles proches de la passe de l’Océan Indien. Deux, trois, sept minutes passent. Notre conducteur de bateau à moitié rastas aux cheveux crépus et aux lunettes géantes et noires lance son verdict :
- « Je ne vois plus du tout les bulles d’oxygène des plongeurs ».
La mer est houleuse et mon cœur bat la chamade. Je m’empare rapidement du premier masque et tube et dans ma précipitation je le laisse hélas filer dans l’eau en voulant plonger. Un deuxième existe heureusement.
Je nage dans une eau silencieuse avec au sol un merveilleux lagon parsemé de coraux multicolores et poissons langoureux ? Au bout de cinq petites minutes, je vois les plongeurs six mètres plus bas ? Pendant plus de vingt minutes, en mère-père-poule je nage au dessus de mon fils en le suivant dans ses randonnées de plongée sous-marine… Puis, comme soulagé par cet accompagnement, je regagne notre petit bateau. Désangoissé et soulagé !

Le soir, entre deux bonnes bières locales bien fraîches, Phoenix, une question revient sur le tapis :
- « Avec toute ton énergie et temps dépensés dans tes clubs Kiwanis et CIGV par exemple, t’aurais pu te mettre dans les grosses affaires et devenir incontestablement milliardaire papa ? »
Quand je demande à quoi cela sert-il par exemple, on me répond « à avoir par exemple un petit bateau pour la plongée ou prendre toujours les meilleurs hôtels du monde… »
Sans être une réponse de Normand ma réponse reflète tout simplement ce que je pense :
Au plus profond de mon âme je suis marqué par mes 52 premiers pays visités en auto-stop à l’âge de l’adolescence, entre 17 et 22 ans ! Cette merveilleuse envolée dans le monde, cette périlleuse descente de la Cordillère des Andes à travers tous les pays de l’Amérique latine et un retour (en stop toujours) par l’Amazonie, vous forgent un état d’esprit.
Cette chance de voyager sans le sou, armé uniquement de mon sourire et des langues étrangères m’a ouvert toutes les portes du monde et ne m’a épargné de la route du gain rapace de l’argent.
Après mes longues et différentes études universitaires, j’ai vite compris que l’argent était une simple drogue (dépendante) où les zéros de vos millions et milliards sont souvent dans un écran d’ordinateur ou sur une feuille de papier. Rien de jouissif, rien de valeureux, rien d’extasiant, comme une aventure humaine, la connaissance d’un nouveau pays ou de nouveaux Hommes.
C’est vrai que mes dizaines de milliers d’heures offertes à mes associations auraient pu être lucratives et me transformer en nabab !
Aurais-je eu ainsi la joie, de continuer à découvrir le monde en vrai voyageur qui passe du cinq étoiles au logement chez l’habitant, comme à Rodrigues ?
Aurais-je eu le luxe de partir, quand je voulais pour découvrir le monde ?

Cela me rappelle une histoire entre un grand père et son petit-fils Marseillais !
- Jean, tu as 28 ans et tu dois enfin de mettre au travail et gagner ta vie !
- Pourquoi donc Pépé ? Je suis bien comme cela avec mon petit remplacement temporaire à la poste, deux jours par semaine !
- Mais si tu commences un petit projet, je t’avance les fonds et tu seras rapidement aisé !
- Et une fois assez fortuné je fais quoi ?
- Tu vends ta petite entreprise et tu crées une nouvelle trois fois plus grande et tu travailles trois fois plus !
- Et après tout cela ?
- Tu vends enfin cette nouvelle entreprise et tu crées une nouvelle. Tu travailleras jour et nuit pendant 10 ans et tu seras enfin millionnaire !
- Ah bon ? et une fois millionnaire je fais quoi ?
- Alors là, à soixante ans, tu lèveras le pied et tu n’iras plus que deux fois par semaine dans ton usine. Tu auras enfin le temps de paresser, de dormir et même de voyager !
- Mais Pépé pourquoi attendre l’âge de 60 ans pour avoir ce dit paradis, alors que je l’ai déjà avec mes petits remplacements à la poste ?
.
Puisse l'arbre du voyageur vous protéger tous trois et vous inviter à continer à explorer le monde!
14:30 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : rodrigue, milliardaire, amour, voyage Ile maurice, enfant, père
08.05.2008
(4) Les garçons en Corée du Sud
Dans la profonde nuit de Séoul
Le voyage de la vie avec mes enfants continu. Nous sommes à Séoul après un long, très long périple en Chine !

Le hasard, ce curieux et divin guide des voyageurs nous logera dans un des plus beaux hôtels du pays, à un prix alléchant et promotionnel : Le Noga Hilton Séoul.
De surcroît au 4e étage à l’Executive floor !
Nous sommes en fin d’après midi et décidâmes mon fils et moi de profiter du confort de cet étage, pour récupérer un peu, en attendant la découverte de Séoul pour demain matin!
Mon fils est comme un poisson dans l’eau avec sa salle fitness du 4e étage et avec toutes ces victuailles et boissons offertes à l’étage 24 heures sur 24 !
Bref, c’était le repos du guerrier pour une petite…demi journée.
Vers deux heures du matin, un je ne sais quoi me réveille pour découvrir le lit de mon fils aussi vide que notre petite suite voyageuse ! Je vois rouge ! Je vois noir !
Entre éveil et sommeil je titube vers la salle fitness pour aller le sortir de ses altères et tapis roulants. Niet. Nada. Aucune présence !
Je parcours le hall et tous les salons de l’hôtel jusqu’à 4 heures du matin. En vain !
Vert de rage ou de peur…j’entends une porte glisser et mon fils qui s’engouffre à pas feutrés… encore une fois je n’ai pas su contrôler ma colère et ma peur…
Lui, montagne d’amour, le prend sur lui et me persuade à m’habiller !
Commence alors, à 4 heures du matin, une des plus belles nuits d’Asie ! Mon fils, devenu expert, me fait le tour du propriétaire dans tous les bars, troquets et bistrots de Séoul ou les GI américains se bousculent en titubant…
Reste ce fugitif regard de l’enfant blessé par ma réaction première. Regard que je ne suis jamais arrivé à effacer de ma mémoire !
Reste ce geste d’amour de l’enfant vers son père pour sauver une soirée et un voyage !
@ suivre
(5) Les garçons à l'île Rodrigues
(6) Papa POURQUOI n'es-tu pas milliardaire ?
13:10 Publié dans My Point of View | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : séoul, Corée du sud, peur, angoisse, amour, père, enfant
01.05.2008
Alora les garcons ....
Instinct de père dites-vous?
D`un lointain petit monde insulaire, à l île Rodrigues, au cœur de l`Océan Indien, je m`escrime avec un clavier anglais, aux lunatiques accents graves, aigus ou autres chapeaux. Une valse à mille temps bercée par un resac apaisant..
La phrase ou réplique incisive de Madame Robert Badinter revient en boucle dans ma petite tête :``si l`instinct maternel n`existait pas ?``.
Non, il existe bel et bien Madame Badinter et l`instinct paternel est peut-être tout aussi fort…
Apres un bon café, sous un gigantesque Cocotier bouteille, dit hydrophobe, à l`allure trapue et fourni de larges feuilles, les images de la vie se bousculent. Les récentes pages de ma vie déambulent. Vite, très vite.
A la veille de son opération qui allait lui ôter définitivement la voix, le ténor du barreau de Tunis, mon père, nous étions installes aux Citadines de Marseille pas loin de l`hôpital, la Timone, depuis plus de 15 jours….
A la veille de l`irréparable, de l`opération mutilante (laryngectomie), mon père qui n`était de nature pas très bavard… sentant le sentence tomber…me parla de midi à deux du matin sur un ton badin, paternel et surtout, surtout amical. Il voulait me passer un dernier message verbal, lui le guide ma vie, le premier de mes amis, lui mon Dieu sur Terre et dans le ciel.
J`avais l`impression de recevoir un dernier conseil. Le message. Aujourd`hui, après tant d`années, des mots clefs, ses conseils, sont devenus l`armature de ma petite philosophie de vie :
- Le sens de la vie c`est de donner et d`aimer.
- Le sens, le vrai sens de la vie d`un père ce sont ses enfants.
Et il me répétait de mille façons différentes que la seule valeur en bourse qui soit au diapason c`est l`amour des enfants. Que je devais donc donner à mes enfants surtout, mon temps. Le Temps et l`Amour.
Les années passent et se construit et se forge en l`homme, le père.
Les années avancent et forgent son instinct paternel qui sera encore plus fort et plus affûte.
CINQ AVENTURES JUVELINES
L`instinct paternel doublé d`amour paternel très fort a cet inconvénient de devenir irréfléchi et incontrôlable face à l`éventuel danger…. Je repense à Tigra notre belle chienne Rotwheiller allemande de 60 Kg qui vient d avoir une portée de 12 chiots et qui s`est transformée en doux agneau assurant vie, survie et garde a sa progéniture. 24 heures sur 24 heures.
L`homme, cette plante dite évoluée, à certes les mêmes réactions que Tigra. Cela me ramène à cinq expériences involontaires avec mes 3 garçons, mes copains et compagnons de voyage de toute une vie, aux quatre coins de la planète.
- Une toute première à Hammamet en Tunisie l`été, à trois heures du matin, alors que l`aîné n`avait que 14 ans.
- Avec Nan, dans un Séoul nocturne lové dans une lointaine et insolite Corée du Sud à deux heures du matin.
- Avec Alex, à deux heures du matin au coeur de l`Alaska, un peu au bout du monde.
- une toute dernière, en début de cette semaine, au nord de la si belle île Maurice dans un des plus beaux et confortables hôtels du monde à trois heures du matin et une toute dernière, hier matin, dans le lagon de l`île Rodrigues, l`île du bout du monde, sous un soleil de plomb, pour le baptême de plongée avec bouteilles, de Zi.
De partout, c`est le père qui se réveille et qui explose sans aucune ceinture de sécurité. La peur, la protection animale et la crainte seront souvent dans un état premier. L`école de la vie est bien longue et l`homme reste un éternel apprenti…
A suivre dans cinq aventures juvéniles autour du monde.
PS désolé chers lecteurs pour la valse des accents manquants sur mon clavier voyageur…
16:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : maurice, pere, instinct, amour, enfant, rodrigues
18.06.2007
Genève ou Îles Salomon?(7)
Zi je t’aime !
(Suite et fin). Quand on compte seul on se trompe souvent, dit un vieil adage ! En 2005, je comptais enfin prendre le temps de voyager ! Mes trois enfants ayant préféré polytechnique à pharmacie j’étais libre de vendre ma belle et vieille officine de Ben Arous et quitter avec regret mes fidèles patients et mes dévouées préparatrices!
J’avais décidé d’aller passer six mois aux îles Salomon et essayer de vadrouiller un peu dans ce coin du Pacifique sud que je connaissais mal, avant d’entreprendre le dernier voyage !
C’est sans compter sur Zi !
J’ai trois garçons, trois amis, trois complices, trois potes ! Les aînés, Alex et Nan, sont un peu mes mentors, mes guides, mes collaborateurs et mes grands compagnons de voyage !Zi, mon tout petit dernier est tout cela aussi, mais il a pris dans mon cœur et dans ma tête la forme et la place de mon père qui m’a quitté !
Zi devint rapidement mon maître à penser ! A sept mois il marcha ou tituba et à huit il parla ou bredouilla ! Depuis, il me mène par le bout du nez, par sa gentillesse extrême et intelligence vive et insolite !
36 pays visités « entre hommes », à deux, comme il dit, et tant de joies et de folies partagées , dès son âge de quatre ans, entre Téhéran et Santa Lucia aux Caraïbes, en passant par le Kosovo en guerre et les trois pays baltes par exemple ! C’est lui qui m’apprit le premier les rudiments du Web et créa son propre site Web à 15 ans avec un thème assez particulier « comment créer une image virtuelle » ! Bref, je l’appelle souvent l’emmerdeur, car il a une idée nouvelle par minute et il faut le suivre !
Après un bac parisien il fera rapidement en quinze mois successifs tous les niveaux du Goethe Institut de Munich (histoire de partager entre nous cinq cette langue maternelle) et change d’avis à la fin de son diplôme !
Monsieur ne veut plus faire la TUM (Polytechnique de Munich) mais pharmacie !
Le destin changea encore mon chemin ! Mes vacances aux îles Salomon ne sont plus au menu.
Sacrée vie d’apothicaire et gloire à mon père qui m’offrit cette chance que j’ai à mon tour la chance d’offrir à Zi !
Puissent Genève et Lausanne t’accueillir aussi facilement qu’avec moi-même…pour tes études nouvelles ! Amen !
08:15 Publié dans My Point of View | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : Genève, Lausanne, enfant, îles Salomon, amour, voyage









