21.08.2010

RENCONTRES SUR AUTOROUTE

Sacré autostoppeur

Je ne peux oublier ma chance d’avoir visité mes 52 premiers pays avant l’âge de 20 ans et…. En autostop, avec un budget quotidien d’un seul et unique dollar US.

Je continue à faire du stop, seul ou avec mes enfants, à travers les contrées lointaines et variées ! L’été dernier en autostop au cœur du Soudan vers le Darfour puis au pays des montagnes vers « La Roma del Africa » à Asmara, en Erythrée…


Aujourd'hui, en voiture je ne peux m’empêcher de faire le contraire ! Je vais directement vers l’autostoppeur qui gauchement et maladroitement ne sait choisir ni l’emplacement adéquat, ni se vêtir d’un sourire « sésame ouvre toi ».

La retrouvaille de ces chers collègues est pour moi tout un voyage ! Chaque autostoppeur m’offre une page de sa vie. Belle, tragique ou banale. La vie. Le voyage

C’est sur la route Tunis-Hammamet.

Filiforme, hirsute et au regard délavé il a l’air de chercher la lune sous un soleil matinal. Paumé et perdu.

Je m’avance vers lui, freine et l’invite à monter à bord. Ali se faufile avec son petit sac bleu délavé et ses espadrilles grises trouées.

Son histoire est terrible et si triste.

C’était dans un hameau proche de Sidi Amor Bouhajla, à la sortie de Kairouan. La foule est nombreuse, la musique très forte et le mézouéd roi. Les invités au mariage s’en donnent à cœur joie et l’un d’eux éméché cherche noise au jeune marié.

Fougueux et coléreux, le marié de quelques heures, sans hésitation aucune… éventre le soulard dans le noir. Ni vu ni connu.

La police arrive et l’enquête se prolonge pendant 48 heures. Le soulard est dans le coma, mais vivant.

Un conseil de famille propose au jeune frère Ali mon autostoppeur de se faire passer pour « l’éventreur du mariage rural » pour sauver le jeune couple et que tout sera pris en considération plus tard.

Ali passe en jugement et fut condamné à deux  ans de prison ferme. Coups et blessures avec arme blanche.


Ali se dit : «  Deux ans de bagne et je sauve l’honneur et le futur de toute la famille, c’est bon ! A la guerre comme à la guerre » !


La première semaine il reçut deux visites familiales. La troisième une seule, et, après trois mois de prison, aucune visite familiale, ni amicale et encore moins de réponses à ses dizaines de lettres, sorte de Bouteilles à la Mer.

Pour pouvoir s’acheter des cloppes, il se propose « laveurs de fringues » de ses codétenus ! Sa « chambré », comme il dit, compte plus de pensionnaires que de m2 et les journées sont longues, terribles et tristes à en mourir.

Il vient de quitter la prison et fait du stop pour rentrer au bled incognito !


- Une revanche à prendre ?

- Oui, je veux juste voir les yeux, le regard, de la personne pour laquelle je viens de faire deux ans de tôle et découvrir sa vie de nabab avec son jeune enfant et sa belle femme blanche aux yeux clairs?

Je veux juste voir ce regard…


J’ai froid au dos ! L’histoire d’Ali est en moi et je m’en veux de ne pas avoir retenu le nom de ce bled perdu pour aller lui porter secours et peut-être réconfort.

J’en suis encore retourné et triste de l’avoir laissé sur l’autoroute, pour continuer sa route vers son destin !

31.03.2010

Voyager après "SEPTEMBER ELEVEN"

Les pays ou le Tunisien peut voyager sans visa


Le SEPTEMBER ELEVEN a définitivement partagé le monde en deux ! 
Les « autorisés à vivre et à voyager » et « les Autres » qui représentent 80% de la population mondiale !
N’a pas un passeport US, canadien, suisse, australien ou Schengen qui veut, mais qui peut !

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Sur la liste des 247 pays et Territoires du CIGV, un citoyen tunisien a aujourd’hui (déjà) la possibilité de visiter une soixantaine de ces 247 pays sans visa ou simplement il aura le droit de demander un visa d’entrée à l’arrivée du pays lointain : Népal ou Maldives par exemple !

Malheureusement, pour d’autres pays, un visa ne suffira pas il en faudra deux ! Oui deux ! Prenons ces cas précis du Groenland ou des DOM (Départements d’Outre Mer) français : il faudra obtenir :
- Un visa Schengen au préalable, puis :
- Un visa DOM TOM ou un visa Groenland (dépendance danoise)

Ne parlons des pays où l’attente d’un visa peut durer 3 mois et où le plus proche Consulat est à 2 ou 3 heures d’avion de la Tunisie ! Visa pour l’Australie par exemple !

AFRIQUE

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AMERIQUE

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ASIE
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EUROPE
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OCEANIE
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19.05.2007

J’avais 21 ans et des poussières

HÔTEL OU PRISON ?



(4e escale avec "Air Désolé"). À première vue, nous sommes dans une grande chambre d’hôtel, de Miami aux USA, avec quelques curiosités. Je repère rapidement de petites et discrètes caméras murales semblables à celle de ma pharmacie de Ben Arous et tout un mur lambrissé de panneaux métalliques coulissants.

 Anis mon fils, du haut de son 1,92m, découvre les boutons adéquats et ouvre un pan métallique qui dévoile une fenêtre à barreaux solidement protégée. Le 6e étage devrait déjà dissuader l’entrée illégale aux USA et tous ces barreaux, caméras et gardiens sont un frein supplémentaire à l’évasion.

Le temps prend soudain une autre dimension. Nos anges gardiens sortent un fauteuil de notre chambre et s’y installent à deux devant notre porte qui se referme sur nous. Le téléviseur diffuse en boucle des programmes insipides qui nous lassent rapidement. La lecture n’a plus d’intérêt. Que font donc ceux qui doivent passer dix ou vingt ans en prison ?

Je repense à mes héros d’enfant, aux îles du Diable, au large de la Guyane française, où je suis allé rechercher les traces de Papillon, à l’île d’Alcatraz au large de San Francisco et ses célèbres prisonniers, à l’archipel Juan Fernandez et son illustre hôte Alexander Selkirk alias Robinson Crusoë et à tant d’autres lieux immortels que j’ai eu la chance de découvrir tout au long de mes 185 pays visités.

Voilà que la mémoire, cette machine inimitable et inimitée, qu’aucun Deep blue ne peut battre ni aux échecs (Kasparov) ni en nuances de toutes sortes, projette et fait défiler sur les tristes murs de ma chambre un film en couleurs que j’avais oublié, voire occulté.

J’avais 21 ans et des poussières. Je venais d’interviewer pour le Figaro de France (un de mes premiers employeurs, avec la Feuille d’Avis de Lausanne et La Presse de Tunisie) le général Francisco Galeo dans sa villa cossue d’Ipanema, à Rio de Janeiro, au Brésil. A la fin d’une journée mémorable, je le voyais dubitatif face à mon inconscience ou à ma folie. Je remontais en auto-stop de Terre de Feu vers Acapulco, au Mexique, pour prendre un avion et rentrer à Genève. Magnanime, le général lève son verre de bon vin blanc et trinque, face à la baie de Rio, à la santé et à la folie des Voyageurs. Méditatif, il se mure soudain dans un silence inquiétant. Inquiét et optimiste à la fois, je ne comprenais pas son attitude. Il téléphone nerveusement, griffonne un mot rapide sur sa carte de visite, appelle son majordome et me dit :
 

 « Ricardo, que Dieu te vienne en aide pour traverser l’Amazonie et rejoindre ton Machu Pichu qui te fait tant rêver. Je voudrais t’aider à ma façon. Voici une bonne adresse de mon confrère à Brasilia, notre capitale fédérale, il t’accordera un vol gratuit de Brasilia à Lima à bord de notre avion militaire FAB qui part dans 3 jours. Adios amigo ! »

Sans passagers, notre avion militaire chargé de lourds colis, étranges, couverts de filets aux larges mailles, survole un pays hors du temps.

La Bolivie où nous devons faire une escale technique de 6 heures. C’est sur un pont de Santa Cruz que se joue mon sort. Cette charmante fille brune à qui je parle tombe subitement comme une feuille morte. Son collier de graines noires et rouges m’est resté accroché dans la main et il me suivra jusqu’à Ben Arous… La rue s’agite et se vide à l’instant. Des tirs de mitraillette, des cris, des pleurs et des jurons s’entremêlent éperdument ! C’est paraît-il le 164e coup d’Ētat du pays. En quelques minutes, je me retrouve encerclé par des militaires et emmené dans un vaste hangar. Deux heures plus tard, nous étions une vingtaine d’étrangers prisonniers dans cette cage de fortune et partis pour une nouvelle longue aventure. Sans fin ou à fin brutale.

Le hasard, ce superbe Dieu des voyageurs, me donne une idée. Je m’approche du soldat responsable, lui présente mon coupon de vol FAB (Fuerca Aera Brasiliera ou Force Aérienne Brésilienne) qui eut l’effet escompté ! Il chuchote avec ses pairs, s’adresse à son officier qui libère rapidement l’otage. Il n’est pas possible d’arrêter un officier brésilien ! Le géant-voisin reste intouchable tout comme celui de l’oncle Sam.

Je regagne dare-dare mon avion militaire avec une tête pleine à craquer d’images du Libertador Simon Bolivar, fondateur de la république de Bolivie, de son adjoint le maréchal Sucre, qui donna son nom à la capitale et à la première monnaie du pays (qui deviendra boliviano) et du mouvement de guérilla d’Ernesto Guevara, alias Che, tué ici, dans le feu de l’action en 1968.

Il est déjà minuit ! Le bruit du silence est assourdissant ! Elles se choquent, se bousculent et s’entrechoquent dans ma tête… ces aventures d’antan…

Soudain, mon cœur bat la chamade et je ne peux résister à cet enfermement injuste !

Claustrophobie et rage font tourner la mayonnaise du fils, du père et même du Saint Esprit...

Mais comment sortir de cette cellule 609 ?

        (Suite et fin : Que Dieu pardonne « Air Désolé »)



17.05.2007

11$ pour survivre…

La cellule 609 !

 

Escale N°03 avec « Air désolé ».Le fichier Excel de Bill Gates a tout prévu dans cet aéroport de Miami. 30 000 employés travaillent ici et l’ordinateur a envisagé le sort des « hors la loi malgré eux ». C’est la police américaine qui prend en charge les passagers devenus clandestins et sans papiers, que nous sommes mon fils et moi même. La loi, c’est la loi !

La sentence est confirmée : 24 heures de garde à vue (ou de prison !) chez W. Bush en attendant le prochain vol (à la même heure) pour Managua avec la consigne suivante : ne pas s’éloigner de plus d’un seul mètre, ne pas boire une goutte d’alcool et obéir aux ordres !

Trimballant tristement nos petits sacs de voyage noirs, nous commençons un nouveau voyage. Des kilomètres de couloirs sordides et lugubres nous mènent vers un antre bien particulier. Une vingtaine d’Américains tous d’origine cubaine sont rassemblés dans cette salle insolite où trônent pêle-mêle, des chaises roulantes, une dizaine de vieux sièges, cinq tableaux muraux pleins de graffitis de toutes sortes, un vieil ordinateur et surtout derrière un bureau noir un vieux monsieur paisible à lunettes d’écaille et en chemise verte à manches courtes. Il nous explique, dans sa belle langue espagnole, qu’il est le chef de la compagnie de sécurité privée, qu’il est profondément désolé pour nous mais que nous devons suivre à la lettre ses directives qui se résument en une phrase :

Rester sans passeport et subir 24 heures sur 24 la présence de nos anges gardiens qui changeront quatre fois de tour de garde.

Nous voilà prévenus. Avec mon téléphone tri-bande (système européen et américain) je peux appeler la Tunisie , l’Europe mais pas Managua où notre ami Alejandro nous attend déjà pour une visite dite officielle. C’est une histoire d’accords bilatéraux et de rooming… Je demande à nous rendre à nouveau au guichet français d’Air Désolé, pour tenter de résoudre ces deux problèmes. Nos anges gardiens ne demandent qu’à tuer le temps et une Guadeloupéenne au sourire dévastateur accepte de nous réserver sur le vol TACA du lendemain et de prévenir Alejandro de notre retard de 24 heures, tout en avouant ne pas comprendre ses collègues d’Europe qui auraient dû tout arranger afin d’éviter ce qui nous arrive.

Le retour nous le prouvera : devant, en fin de périple, re-transiter par Miami, je demande l’aide de la TACA qui nous prend en charge à Managua dès notre enregistrement au guichet nicaraguayen. Miami est ainsi prévenu par télécopie et la célèbre fiche verte sera immédiatement remplie à l’arrivée de l’avion. Le transit se fera non seulement sans problème mais on aura même droit à Miami, au salon d’honneur, en tant que diplomates en transit légal.

José et Pedro, nos anges gardiens, nous offrent, à chacun, un bon de 11 US$ pour aller manger au bar du coin.

Le premier cerbère garde nos sacs de voyage et le second nous recommande un bon riz noir agrémenté de grosses fèves rouges, de « platanas » bien cuites et de cuisses de poulet. Un régal latino-américain arrosé de bons sodas car l’alcool est interdit aux passagers en état d’arrestation exceptionnelle.

Le compte à rebours commence !
Un ascenseur luxueux nous ouvre ses portes et glisse comme un marsouin dans l’eau. Au 6e étage, la porte s’ouvre et un autre policier nous prend en main. Nous ne comprenons rien. Le cadre est somptueux, le couloir sobre et les numéros de chambres sont bien gros et tristes.

C’est au 609 que notre destinée est confiée.


Il ne reste plus que 22 heures à passer ou à tuer. Que vont-ils faire de nous ?

(@suivre :Que sera la 609 ?)