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Rached El Greco - Page 27

  • Entre bleu Prusse et bleu indigo...

     Je perds la tête à Chefchaouan :)

     Ceuta. (sept 2011). Il est déjà sept heures, Ceuta s’éveille et je vais rentrer (à Tanger, puis à Casa) par le chemin des écoliers, empruntant les collines de l’Atlas à la recherche du Sidi Bou Saïd des montagnes marocaines, du village suspendu de Chefchaouen.

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      Point de bus et point de taxis à la frontière de Ceuta

    C’est un jour férié religieux, la fête de l’Aïd et tout le monde semble rester en famille. Je n’ai plus qu’à reprendre mon plus vieux métier (du monde)… l’auto-stop. La 72e ou peut-être 80e voiture daigne enfin s’arrêter pour me déposer deux kilomètres plus loin à l’arrêt de bus ou de taxi pour la ville de Tetouan, à mi-chemin de Chefchaouen. 120 minutes d’attente d’un éventuel bus ou d’un hypothétique taxi pour me re-décider à reprendre mon stop. Echec et mat. La dernière astuce du voyageur est d’aller vers une station service, là où les conducteurs sont abordables. Dix, vingt, cinquante peut-être… Le 51eme, à la barbe fournie, à la chemise blanche immaculée et au regard malicieux me prend à bord de sa voiture et me raconte sa vie de vingt ans de travail à Madrid avant de devenir agent immobilier à Ceuta. A ma question : pourquoi les cinquante autres personnes ont refusé de me prendre à bord, il me répond, un peu gêné :

     -« Vous savez, tout le monde voit que vous sortez de Ceuta avec votre baluchon bleu, et les Marocains, en ce jour d’Aïd, préfèrent éviter les passeurs de drogue. »

     Au bout d’une longue heure de route, mon honorable barbu me dépose à la gare routière de Tétouan. Le Maroc se modernise et a décidé, depuis trois ans, de refaire toutes les gares ferroviaires et terrestres du royaume. Dans cette gare, mosaïques et jets d’eau font bon ménage et invitent à repos et évasion.

     Le bus est confortable et la première place assise vous donne l’impression d’être le conducteur de l’engin. L’Atlas est vaste et les routes sinueuses. Terminus. Une petite place, ou placette comme disent les Suisses, ceinte de bancs publics et faisant face à trois taxis bleus marquera  le début de la découverte du village de Chefchaouen.

    Le chauffeur de taxi me fera changer d’avis et de programme.

    Une heure, toute une heure de contemplation en pleine campagne, face à cette cascade ronronnante formée d’une impressionnante chute d’eau au creux de l’Atlas. La foule muette et médusée contemple la danse de l’eau et semble voguer sur ces vaguelettes et gouttelettes éparses et voyageuses.

     Je m’extirpe non sans difficulté de ce nirvana, à la recherche du centre ville. Ô ! Suis-je donc à Sidi Bou Saïd, le village bleu et blanc, à l’orée de Carthage ? Oui et non. Oui par le charme et la couleur ressemblante, et non par cette différence, et de poids, de l’histoire. 

    Imaginez-vous moult ruelles de deux mètres de large

     Sinueuses et généreuses, se frayant un chemin dans les gorges d’une colline où sont perchées et accrochées des centaines de petites maisons non pas bleues et blanches, mais bleu sur bleu. Ma maladie de voyageur reprend le dessus. J’ai envie. Envie de pénétrer… Le for intérieur voluptueux, mystérieux, avenant et… énigmatique d’une… de ces maisons. Ni une ni deux, me voici arpentant des escaliers chaulés de bleu marine qui, au bout de quinze marches, aboutissent devant une maison au bas habillée de bleu ciel ou bleu cobalt et au haut parée de bleu de Prusse. Point de sonnette, mais une lourde main de Fatma de bronze en guise de heurtoir. Une fois, deux fois, dix fois. Aucune réponse. Cinq gamins blondinets du haut de leurs cinq ans m’encerclent et se mettent à danser. Leurs rires vifs et joyeux me poussent à leur demander la façon de pénétrer dans cette maison fermée. Et à la plus jeune de me dire :

     « OK, je vais réveiller papa. »

      Sésame, ouvre-toi. L’hospitalité marocaine n’est pas un vain mot. Une pièce carrée de trois mètres de côté, avec trois banquettes circulaires et toute la famille venue entourer le voyageur qui vient de loin et qui voulait partager le verre de thé marocain à Chefchaouen. Une heure de bonheur dans cette famille de sept membres dont le fils ainé se convertit à la musique et au rap grâce à Facebook. Son rêve est d’aller à la conquête des planches à Tanger. Les petits gâteaux se suivent et ne se ressemblent pas. Ils paraissent tous reprendre l’histoire de ce village béni et oublié des dieux.

     Encaissée entre deux montagnes, à 620m d’altitude Chefchaouen est ainsi une insolite cité de 37 000 habitants aux maisons chaulées de bleu foncé et de bleu clair. Bleu sur bleu !

     Un charme puissant que l’on ressent intensément sur la place Outa-el-Hammam dans la médina pavée de galets. Assis à la terrasse d’un café, vous pouvez profiter de la belle vue sur la grande mosquée Tarik-Ben-Ziad dont le minaret octogonal est inspiré de celui de la Torre de Oro à Séville. Cette architecture andalouse se retrouve dans la Kasbah et ses jardins, au cœur de la médina. Ses murailles et ses onze tours crénelées, dont une servait de donjon, abritent un intéressant musée ethnographique. Les habitants ont la vie dure, aussi, les résidents appellent souvent Chefchaouen par son nom d'origine « Chaouen », qui signifie "sommets", en référence aux montagnes du Rif qui l'encerclent.

    Cela donnera : regardes les sommets ou Chouf Chaouan ! 

     Sous l'occupation espagnole, l'orthographe fut transformée en Xauen, avant que le nom Chefchaouen ("regarde les pics") soit adopté en 1975.

    Fondée en 1471 par Moulay Ali ben Rachid, comme base des tribus berbères du Rif, pour lancer les attaques contre les Portugais de Ceuta, Chefchaouen prit son essor à l'arrivée des réfugiés musulmans et juifs fuyant Grenade et les persécutions, après 1494.

     Ils bâtirent des maisons blanches à la chaux

      qui donnent au bourg son allure espagnole, avec leurs minuscules balcons, leurs toits de tuiles et leurs patios, au milieu desquels pousse généralement un citronnier.

    Le bleu pâle recouvrant les habitations, si typique aujourd'hui, fut introduit dans les années 1930 par la population juive. Cette couche devait remplacer le vert des fenêtres et des portes, couleur traditionnelle de l'Islam.

    La petite ville vécut recluse jusqu'à son occupation par les espagnols en 1920. Auparavant, les chrétiens étaient interdits d'accès, sous peine de mort. Deux d'entre eux réussirent toutefois à pénétrer dans le bourg : l'explorateur et religieux français Charles de Foucauld en 1883 et, cinq ans plus tard, le journaliste et voyageur Walter Harris (déguisé en juif).

     A leur arrivée, les Espagnols furent surpris d'entendre les habitants juifs parler une variante du castillan médiéval. Ils furent un temps chassés de Chefchaouen par Abd el-Karim, durant la rébellion rifaine des années 1920, puis y revinrent jusqu'à l'indépendance, en 1956.

     En plus du tissage, Chefchaouen est réputée pour sa vannerie et ses poteries. Poterie de Ghzaoua, et berradas (cruches à eau) ou une simple goulla (jarre). La visite des agadirs ou greniers collectifs fortifiés de la région s’impose également. Enfin, pas question de quitter la ville sans avoir goûté à son fromage blanc de chèvre des montagnes. C’est peut-être le meilleur du Maroc.

     Bercé de bleu, rêvant en bleu et tout bleu je m'extirpe de ce village de l'Atlas, pour reprendre la route de Tanger, puis de Casa, espérant rattraper mon vol sur Bangui, en République centrafricaine, pour découvrir - j'espère- les Pygmées oubliés et les singes au dos argentés... peu protégés!

     Vaya con Dios :)

     

  • Ils sont d’un autre monde ?

     Certains viennent de Mars et d'autres de Jupiter ?

      Incroyable journée de printemps volée à l’hiver. On est passé de 4 à 18°C. Des dizaines de belles dames et beaux messieurs font leur marche rapide au bord du Lac, comme à Annecy ou à Genève par exemple ...

     1 tunisia a protester holds a flag as protesters shout allahu akbar.JPG

    Gardant mon tic voyageur de toujours...je ne peux ne pas aller vers l'Autre...lui parler et voyager dans son univers...tout en marchant.
    Mais, voilà que j'ai marché 60 minutes avec deux jeunes hirsutes PursZéDurs Salafistes masqués de Noir et de Blanc et arborant une sinistre et longue barbe noire... 

     DIALOGUE DE SOURDS

      -   Vous êtes 1000, 100 000 ou Un million de salafistes en TN ?

     - " Nous sommes 12 millions "inchallah", soit 11 millions de Tunisiens d'ici et un autre million de notre diaspora dans le monde!"

     - Vous êtes donc pour l'application de la charia en TN ?

     -" Certainement ! C'est notre coran qui le veut et on l'appliquera"

      ‎-  Vous êtes donc, pour vous servir de la religion dans la politique ?

    -        " Certainement ! C'est le coran qui nous le demande. Vous êtes étranger, lisez d’abord nos écritures et puis appliquez-les. Vous n'avez aucun autre choix."

     - Mais la TN est musulmane à 99%, où est votre problème?

     - " Nous, on veut l'application de la charia et  ce DANS TOUT LE MONDE MUSULMAN, nous sommes une unité, comme l'a précisé ce cher prêcheur égyptien  Wajdi Ghoneim que nous avons invité cette semaine. El oma el islamia nous voulons".

      ‎- Bref, dans votre optique, si je m'attablais à ce café en bord du lac en compagnie d'une belle dame en mini-jupe et que nous buvions tous deux une bière fraiche...?

     -  " NON ! NON JAMAIS ! La charia vous l'interdira !!!!"

     VOL A LA TIRE : Ces deux Gugus m'ont volé..... Une heure de ma vie ! Dialogue de sourds.... il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre !!!!

     La Nausée de Sartre... tel est mon ressentiment face à cette secte qui se veut être LE DIVIN en personne, qui se pare de divin et qui refuse toute critique du Divin!

     On peut combattre Marine Le Pen ou Ben Ali pour leurs idées.  On le fera en public et en plein jour et on peut gagner! Mais attaquer ces Gugus, c'est attaquer Dieu en personne .... disent-ils. Ils sont parés de divin et de "bhama" !!

     Mais si une puissance wahabite ou occidentale les soutient, c'est le début de la FIN. Et, c'est ce que font l'Amérique et ses Alliés. Ne cherchez pas à comprendre.... c'est une bête réalité politicienne et non politique !

     Un Etat structuré, fort et honnête pourrait, lui, appliquer la loi pour les contrer et surtout commencer à penser à résorber une partie de notre million de chômeurs, pour ne plus agrandir cette secte qui se veut divine.

     La seconde arme serait notre Union. Puissent démocrates et modernistes confondus s’allier rapidement en 2 ou 3 Fronts ou Blocs pour acquérir Une voix, Un nom et Un programme.  Ainsi, nous pourrions, enfin, aller vers l’Autre, dans notre Tunisie profonde oubliée par Dieu et par les hommes !

     Le soleil est si caressant, doux et joyeux

      L’eau du lac est si cristalline. Une invitation au voyage. Un coin de Tunisie qui n’a rien à envier aux cités Nord Méditerranée…. Quand soudain, je suis interpellé par deux jeunes gens :

     Elle. 1m75, brunette, un 90B bien en évidence, un jeans moulant et surtout un verbe châtié et pondéré.

    Lui. 25 ans également.  Un petit caniche brun en laisse et un simple polo rouge saumon.

    Délicatement, ils me disent :

     - On vous a vu parler avec ces Barbus et entendu longuement votre discussion sans le vouloir. On marchait derrière vous pendant un moment. Excusez-les Monsieur. Ils ne sont pas la Tunisie, notre Tunisie. Ne les croyez pas. Ils ne sont que quelques milliers, mais sont hélas « protégés » par la Nada….

     

    Ainsi va le monde dans une Tunisie bicéphale où la jeunesse perdue et désemparée en partie ne lâche pas et veut encore croire en ses millénaires gènes d’une grande Tunisie démocratique et moderne !

     «  Il est difficile de combattre une idée par une autre idée surtout lorsque la première repose sur un dogme sacré. ». M.R.

     

  • Ras-le-bol ! J'en ai ras...le bol !

    Que c’est triste Tunis !

    Sacrée journée. Une vidéo montrant des Tunisiens sinistrés de la région Aïn Draham et Babouch qui vont demander secours et soutient en Algérie, après avoir perdu toit et fourchette par ces intempéries et cette imposante masse de neige.

     burka.jpg

     

    Le jour même, voilà que notre Ayatollah de service  

    demande aux membres de son parti de descendre dans les rues du pays pour crier leur soutien à la Syrie, après avoir chassé un ambassadeur qui… n’existe même pas.

     

    Le jour même, où des associations caritatives se donnent la main pour aider les dizaines de milliers de sans abris du nord, et ou Qatar nous parachute sa charité bien calculée et ou l’Etat n’a pas su ou pu se mettre en état de guerre, pour venir au secours du Nord catastrophé. 

     

    Le jour même où « Leoni Tunisie » (Câblerie Mercedes etc.) ferme son usine à Mateur qui emploie 3500 personnes

     

    Tout cela me poussa après une longue journée de dix heures de travail non stop,

     

    à aller prendre un pot dans un grand hôtel, du grand Tunis, pour aborder des inconnus, les écouter et essayer de comprendre ma Tunisie, en cette froide et frileuse nuit hivernale.

     

    Les deux premiers (X et Y) sont des BCBG jeunes quadras de Sfax.

     

    Le premier est digne d’un Prince espagnol. Homme d’affaires averti et marié depuis 10 mois. Le second, architecte de métier et également anti Nada, a même fondé un petit front de penseurs pour les contrer. Ils essayent d’expliquer le pourquoi de leur ville pro-Nada.

     

    -          «  Oui, notre ville a voté majoritairement Enada ! Pourquoi ? Par dépit ! Les Sahéliens ont eu le pouvoir politique pendant 50 ans et nous ont oubliés. Nous sommes, conservateurs et très père et mère poule, on s’est rabattu sur nous même, en ne faisant confiance qu’aux nôtres et ne travaillant qu’avec eux. Du coup, plus rien ne nous intéresse que notre essor économique et notre bien être familial ! Arrive le 23 octobre. Confiance en aucun parti ! Reste un vote de défiance et un pied de nez à tous,  doublé d’un refuge pour nous, repliés sur nos valeurs : Enada et la religion !

    Quatre mois après, je pense que le Sfaxien revoterait de la même façon à 10% près."

     

    L’homme d’affaire aux belles lunettes d’écailles conclue :

     

    «  Je suis très heureux qu’ils soient au pouvoir. La situation du pays est si catastrophique qu’ils ne savent quoi faire et égrènent FAUTE SUR FAUTE. Accepter les salafistes ou les contrer ? Laisser leur Ayatollah R.G. sous la coupe des wahhabites et des USA ? Prendre leur revanche à la vie après des dizaines d’années de prison ? Ils ne peuvent qu’accumuler les gaffes…mais le pays sombre à vue d’œil. Si un FRONT Centre/Gauche n’est pas rapidement crée ils gagneront les prochaines élections de 2013…mais cela leur dernier mandat dit démocratique !"

     

    Second tableau

     

    Plus loin. Un beau jeune homme de 35 ans,

    Bling bling,montre Rolex et surtout « copine de 19 ans au 95B dévoilé et aux jeans serrés » bien en vue. Cet avocat avoue sans vergogne que Nada a gagné démocratiquement, même avec seulement 1,5 millions de voix et qu’ils resteront à vie au pouvoir et au perchoir ! Advienne que pourra !

     

    3e Tableau. A l’autre bout du bar.

     

    Deux jeunes industriels Djerbiens de 35 ans. Intelligents, dynamiques et souriants. Ils râlent contre ces sinistrés du Nord délaissés au profit d’une marche pour la Syrie. Le plus disert s’explique :

     

                -«  Chez nous à Djerba, on est tous frères, chrétiens, juifs et musulmans. Enada est un intrus qui nous fait peur. Ce sont des menteurs qui ouvrent leurs sectes à coups de promesses divines et de gros billets aux jeunes perdus, chômeurs et désorientés ! Le vrai problème c’est qu’ils furent une cellule dormante pendant 30 ans et veulent aujourd’hui prendre leur revanche sur le dos de notre pays. Leur cirque est dévoilé. Avons-nous le temps de nous unir en 2 ou 3 grands partis et avons-nous le temps de pénétrer dans tous les sentiers de la République avant les élections de 2013 ?

    Non hélas !

     

    Mais, mais…si leurs catastrophiques actions continuent ils vont pousser le peuple de passer de « l’émeute du 14 janvier, à la Révolte de 2012 et puis j’espère à une Révolution guidée et pensée ! Nous sommes sur un Volcan et tout ce qui bouge de positif va prendre refuge au Maroc !»

     

    4e et dernier tableau au fond du salon de l’hôtel cossu.

     

    Un barbu bien en barbe au regard absent et à l’air satisfait. Pseudo-guenilles et Pseudo-dignité vêtu d’une couverture hypothétique et divine. En face, un jeune de 45/50 ans au béret basque, genre ouvrier qualifié qui me prend à témoin, me prenant également pour un … touriste… et me dit :

     

                -«  J’essaye de lui expliquer que leurs femmes en burka sont d’un ridicule qui tue. Si on veut cette tenue burka, c’est la fin d’un cheminement spirituel et précédé de dévotion, de pureté, d’abnégation, de bonté, de charité et de pureté de l’âme et du corps. Mais, elles se masquant d’un chiffon noir et ne peuvent masquer leurs âmes sournoises et ne peuvent acheter ainsi une virginité spirituelle ! »

     

    Son discours et long et cohérent et au barbu de perdre ses phrases stéréotypées et son assurance…

     

    Pauvres de nous. Une Révolte qui accoucha de deux Tunisie.

     

    Un pays qui a bousillé son industrie, son tourisme et ses finances face au désordre le plus absolu. Tout est calculs et pronostics… alors que le pays se meurt ! Une terrible vacance d’Etat !

     

    La haine trouble la vie ; l'amour la rend harmonieuse. La haine obscurcit la vie ; l'amour la rend lumineuse. 

    [Martin Luther King]

     

  • Une si courte et belle nuit ...

     

    Une courte nuit chez Sir Churchill !

    Enfin, la vieille ville de Tanger, un véritable joyau royal. Les ruelles gardent leur âge tricentenaire et leur charme souvent médiéval. Les pâtisseries se suivent et se ressemblent. Chacune vous invite à déguster généreusement une Corne de gazelle, une savoureuse Chebakia ou encore  des Ghribas aux amandes, sans oublier les rituels Baklawas garantis cinq millions de calories.

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    Entre deux ruelles blanches, en haut d’une colline

    une porte à moitié ouverte invite le passant par une simple affichette « Vous êtes chez vous ». Je pousse le battant de porte et plonge dans un salon de deux mètres carrés avec des dizaines de prospectus sur un minuscule bureau de 60 centimètres de long. Un jeune marocain d’un âge sans âge et d’un œil sans lumière me demande de faire mon choix.

    Je crois succomber au choix de faire offense à la rousse pour choisir la fausse blonde ou de laisser tomber la petite brune pour la grande noire d’ébène vêtue. Ni l’une ni l’autre, mon général ! Le jeune marocain semble me réveiller de mes fantasmes déplacés pour me demander quel prix je veux mettre.

    Mince… Euh… C’est donc un casino, et il me demande quelle sera ma mise, et je commence à chercher de grosses pièces au fond de mon portefeuille.

    Et le voilà qui me ramène à nouveau sur terre pour me demander si je la veux grande ou petite… Simple… ou double.

    Zut ! C’est simplement une maison d’hôtes qui vous offre trois minuscules gîtes.

    Surgit soudain de nulle part un septuagénaire bien en chair, dégoulinant de sueur, une cigarette au bec : « Je suis le capitaine Jacques, ancien officier de l’armée française et néanmoins propriétaire des lieux. Que puis-je pour vous, jeune homme ? ».

    Je me sauve sur la pointe des pieds, sur ces dalles blanches de Tanger, transformé en tapis volant d’Aladin le lointain. La journée d’évasion fut riche en mille et une aventures et il est temps d’affronter mon hôtel El Minzah et la promesse du chef de réception de m’offrir la suite 136, dite « Suite de Churchill ».

     

    L’établissement El Minzah Hotel se trouve au cœur de Tanger, tout près de la Place d'Espagne, American Legation et Dar el Makhzen. Il n’est pas non plus loin de Place de la Kasbah et Place de Tanger

    El Minzah est le plus ancien hôtel de Tanger, certaines parties de l'hôtel datent du XIX siècle, il a ouvert ses portes en 1930 par John Crichton-Stuart, le 4ème marquis de Bute.

    Au beau temps de Tanger l'internationale plusieurs célébrités du monde ont été hôtes de ce magnifique établissement : Churchill, Le roi Juan Carlos, Jean Claude Van Damme, Jacques Cousteau et plusieurs autres personnalités qui cherchaient un havre de paix unique à Tanger.

    L'hôtel dispose de 2 piscines et d'un centre de remise en forme et offre des vues panoramiques sur la baie. Son centre de bien-être comprend un sauna, un jacuzzi et un hammam et propose des soins du corps et des massages.

    Ô temps, suspends ton vol ! Le charme anglais est noyé dans la grâce marocaine entre lit à baldaquin et sofa de boudoir qui gardent encore les traces des somptueuses et ravissantes comtesses qui en furent les hôtesses. A peine sorti de ma douche, je suis attiré à ma fenêtre pour découvrir un large balcon mitoyen où trois jeunes dames sont en train de siffler champagne sur champagne avec éclats de rires et bonne humeur tonitruante. L’une d’elles me voit et crie : « C’est lui, c’est lui ! ».

    Et à la seconde de me dire dans un français châtié, teinté d’un léger accent britannique :  « Permettez-nous, Monsieur, de vous sortir de votre suite royale pour vous convier à notre modeste terrasse donnant sur le port de Tanger et vous inviter à fêter avec nous nos retrouvailles. Le maître d’hôtel nous a dit que vous seriez Voyageur. »

    Le hasard aura voulu qu’ayant tout fait pour être dans la suite de Churchill, je n’y resterai finalement que quelques minutes pour aller rejoindre un incroyable trio de jeunes dames marocaines hors du commun, qui du charme et de la grâce de la vie, connaissent tous les recoins.

    La première vit à Bruxelles et travaille au sein du Parlement européen, la seconde vit à Paris et de la mode  connait tout un rayon. Quant à la troisième qui n’arrête pas d’allumer cigarette sur cigarette, elle n’est autre que la gardienne de Céans qui protège en leurs absences les appartements de Tanger de ces deux dames qui ne rentrent au pays que deux semaines par an.

    Mais pourquoi ne sont-elles pas chez elles, et pourquoi sont-elles dans une suite au prestigieux hôtel El Minzah ?

    La réponse est simple. Nous sommes encore dans les jours de la fête sacrée de l’Aïd et en fuyant leurs maisons elles évitent leurs familles qui viendraient leur rendre visite.  Elles trouvent ici liberté d’action et boissons à gogo. Bières fraiches, Gin et champagne sont généreusement disséminés sur la table.

    A la quatrième coupe de champagne, le programme change. Ces dames acceptent… de téléphoner à deux autres de leurs amis Tangérois d’origine et écrivains reconnus. Une délicieuse soirée entrecoupée de vers et de prose et saluée par des verres pétillants. A chacun d’aller plus loin et à chacune d’être encore plus gaie et à tous de décider à cinq heures du matin d’aller plonger dans la piscine. Nos rires d’enfants ont dû réveiller la moitié de l’hôtel et tout ce monde se retrouve dans ma suite pour un chaud café et de croustillants croissants aux amandes…

     Il ne me reste plus que deux heures pour attraper mon train sur Casa